5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH | Couples concernés par le VIH
Calis, en couple sérodifférent : « Il n’y a rien de mieux que d’être papa »
12 août 2011 (papamamanbebe.net)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
-
Écouter: Calis, en couple sérodifférent : « Il n’y a rien de mieux que d’être papa » (MP3, 6.1 Mo)
Début du son.
Calis : Je m’appelle Calis. J’ai 32 ans. Je viens de les avoir le 16 avril. Je suis séronégatif.
Sandra : Tu peux me dire si l’amour avec le VIH c’est possible selon toi ?
Calis : Selon moi oui c’est possible. Du moment qu’il y a l’amour, on n’y pense plus. Du moment que tu sais que tu aimes la personne, sans compter que la personne soit séropositive ou pas, tu n’y penses pas. Moi c’est mon cas. Et c’est un sujet sur lequel on parle ouvertement. C’est naturelle chez nous. Je dirai qu’on ne s’est pas vraiment pris la tête là-dessus. C’est la vie et puis la vie continue ainsi. Ma compagne elle est séropositive, ça fait quelque temps qu’on est ensemble. On attend un heureux événement aussi. Elle va accoucher bientôt au mois d’août donc tout va bien. Ca se passe très bien.
Sandra : C’est la première fois que tu vas être papa ?
Calis : Oui, c’est la première fois.
Sandra : Tu es heureux ?
Calis : Très heureux. Il n’y a rien de mieux que d’être papa. Franchement je suis vraiment très heureux, rien à dire honnêtement. Très heureux. Comme ça fait un moment quand même que je suis au Comité, j’ai appris quand même pas mal de choses qui m’ont permis d’être libre vis à vis de moi-même, de ne pas être, je dirai, psychologiquement coincé d’un côté. Donc bon, pour la conception, c’est venu naturellement. On n’avait pas préparé ça donc, c’est venu naturellement. On a reçu très bien, ça s’est très bien passé, aucun soucis.
Sandra : Donc, ça veut dire que quand vous faites l’amour, vous n’utilisez pas de préservatif ?
Calis : Non, pas du tout. Je me dis en même temps, dans notre cas, comme partout je peux le dire. Après bon, moi j’ai décidé de ne pas utiliser de préservatif. Pour moi, je me dis que c’est des choses qui peuvent arriver à tout le monde, à n’importe qui. Jusqu’à présent, ça va très bien. Je suis toujours séronégatif. Je n’ai jamais eu de problèmes avec ça. Donc voilà, je suis à l’aise dans tout ça, donc je ne peux pas vraiment dire que oui, j’ai peur ou quoique ce soit.
Sandra : Donc la transmission du VIH, tu n’y penses pas ?
Calis : Non, pas du tout. Je n’y pense pas. C’est quelque chose, je dirai, il vaut mieux ne pas le mettre dans la tête. Même en se protégeant ça peut arriver, tout comme ne pas se protéger aussi, donc je choisis le plus simple, ne pas me compliquer la vie.
Sandra : Ta partenaire, comment tu as su qu’elle était séropositive ?
Calis : Je l’ai connue au sein du Comité des familles. Je connaissais déjà sa situation. C’est comme ça que je me dis, que ce soit elle ou une autre personne. Je préfère savoir que la personne est concernée ou pas. En même temps, on ne peut pas le savoir quand c’est... des gens peuvent ne pas pouvoir le dire. Moi comme je connaissais déjà sa situation, ça m’a fait ni chaud, ni froid.
Sandra : Toi, comment est-ce que tu es informé sur le suivi médical de ta femme ? Qu’est-ce que tu connais ? Est-ce que vous en parlez souvent ? Comment ça se passe ?
Calis : On en parle de temps en temps, à chaque fois qu’elle va à l’hôpital, elle me le fait savoir. Elle me dit en gros comment ça s’est passé, de son côté, comment c’est et tout. Apparemment, ça été toujours très bien. Et chaque fois quand elle revenait de l’hôpital tout ça. On en parle naturellement sans blocage, j’ai toujours appris la nouvelle. Je suis serein vis-à-vis de tout ça.
Sandra : Par exemple, est-ce que tu connais sa charge virale ou son taux de CD4 ?
Calis : Non je ne connais pas, parce que je ne suis pas trop imprégné là-dessus, sur sa charge virale tout ça mais tout est ok. Elle me montre son dossier, je sais en gros comment ça se passe. Je ne peux pas m’avancer sur certains terrains comme la charge virale. Je sais que sa charge est au-dessus de tout ça, de son côté ça va.
Sandra : Par exemple, est-ce que tu l’accompagnes à l’hôpital ou pas ?
Calis : De temps à autre oui. Surtout depuis qu’elle est enceinte, j’y vais les moments opportuns. Etant donné que je n’ai pas souvent le temps non plus. Elle me prévient bien en avance et en fonction de ça, je prends mes journées au travail et puis après, on y va tous les deux et puis elle fait ses examens et tout ça. Donc non ça va, je suis toujours là.
Sandra : Justement, concernant le suivi du bébé. Comment ça se passe ? Est-ce que tu es toujours là pour entendre les informations, pour voir si tout va bien ? Est-ce que pour toi venir à deux c’est important ou pas ?
Calis : Comme de son côté, on sait que tout va bien. On se dit ce n’est pas vraiment important d’aller à tous les rendez-vous qu’elle a. Les rendez-vous dont on pense que c’est nécessaire, on y va à deux. Et puis éventuellement pour faire les cours du bébé, on a été à deux.
Sandra : Tu assisteras à l’accouchement de ta femme ?
Calis : Bien sûr ! C’est quelque chose que j’ai toujours voulu, donc oui, j’assisterai à l’accouchement.
Sandra : Et concernant le suivi du bébé après, une fois qu’il est né. Normalement il faut lui donner de l’AZT. Vous qu’est-ce que vous avez décidé ?
Calis : On en a un peu parlé. Pour l’instant on garde ça pour nous. On a déjà pris notre décision. Je sais ce que c’est. On le garde pour nous pour l’instant.
Sandra : Et donc là bientôt tu vas être papa, tu as dû annoncer la nouvelle à ta famille je suppose ?
Calis : Oui, toute la famille est au courant comme je vais être papa. Tout le monde est content. Ils attendent l’heureux événement avec impatience. On va en profiter et puis fêter ça en famille.
Sandra : Et ta famille est au courant que ta femme est séropositive ou pas ?
Calis : Là je dirai non. On n’en a jamais parlé. Elle m’a jamais demandé si je veux que la famille soit au courant. Je ne lui ai jamais posé la question. Pour l’instant, c’est notre petit secret, le petit secret du couple. Sinon, elle est très bien accueillie dans la famille et tout ça. Elle est très bien reçue, sans problème. C’est quelque chose dont on n’a jamais parlé.
Sandra : Et le sexe du bébé, c’est un secret du couple aussi ou pas ?
Calis : Oui, c’est un secret du couple. Alors là, ça on le garde pour nous, même la famille n’est pas au courant donc on ne peut pas le dire, quoiqu’il en soit, on ne pourra pas le dire. Jusqu’à la naissance.
Sandra : Et aussi à la 5ème rencontre on va parler de la guérison. Je ne sais pas si tu es au courant mais en fait, il y a un patient qui s’appelle Timothy Ray Brown, qui n’est plus séropositif grâce à une greffe de la moelle osseuse. Toi, quand tu as entendu cette information-là, qu’est-ce que tu en as pensé ? Est-ce que tu prends ça au sérieux, est-ce que tu y crois ? Est-ce que tu penses que c’est une avancée pour la recherche, pour éradiquer le virus du VIH ? Qu’est-ce que tu en penses, comment tu entends cette information ?
Calis : D’un côté, personnellement, je ne suis pas médecin. Donc je ne peux pas avancer de sujets qui seront contradictoires, la science ou quelque soit là-dessus. Bon moi je dirai plutôt, à propos de ce patient, moi je suis très heureux pour lui. C’est une chance inouie de revenir de l’au-delà. Si ça peut arriver à tout le monde, que ce soit grâce à la médecine ou grâce à la science que leur situation change, ce sera une très bonne chose. Franchement, je pense qu’il y a pleins de gens qui méritent d’oublier ce côté... les gens ont besoin de sortir de là en fait. Moi je pense que c’est une bonne chose que, ce soit pour tout le monde, si ça arrive, qu’il y ait des remèdes pour ça, ce serait une très bonne nouvelle.
Sandra : Toi tu penses que tu pourras voir un jour le vaccin contre le VIH ?
Calis : Oui je crois oui. Je crois. Vu tout ce qu’ils mettent au jour, au niveau des traitements et tout ça, je pense qu’ils arriveront un jour à trouver des remèdes pour ça. Ce serait une très bonne nouvelle ce jour-là pour des milliers de personnes.
Sandra : Et donc, cette 5ème rencontre, depuis tout à l’heure on en parle mais est-ce que tu y seras ?
Calis : J’y serai. Comme c’est la première fois, ça me permettre d’en connaitre plus et puis d’entendre parler, s’il y a des interventions d’autres personnes concernées ou pas, ça va me permettre aussi d’écouter d’autres discours et puis d’en connaitre plus, d’en savoir plus sur tout ça.
Sandra : Et quelqu’un qui serait dans ta situation, comme toi, qui vivrait avec une femme séropositive et puis cette personne dit bah non, je ne suis pas séropositif, ça ne sert à rien que j’y aille, je ne me sens pas concerné. Qu’est-ce que tu lui dirais ?
Calis : Bon moi je dirais, si cette personne est séropositive, je pense c’est important de partager cet événement à deux. Moi je dirais toujours, comme je l’aurai toujours dit, ça peut arriver à n’importe qui à tout moment et puis faut pas dire ah bon, tant que je ne suis pas concernée, je ne veux pas m’y intéresser. Ce n’est pas avoir après été concerné que tu vas te dire je vais m’y intéresser, ça sera déjà trop tard. Donc il faut savoir déjà se préparer soi-même donc bon savoir préparer les autres qui sont autour.
Fin du son.
Sandra : C’était Calis qui sera à cette 5ème rencontre. Il a parlé de pleins de sujets qu’on abordera à cette 5ème rencontre, notamment faire des bébés puisqu’il va être papa. A un moment il a parlé de l’AZT il disait que lui, il avait fait son choix avec sa femme pour donner ou non l’AZT. Tina, est-ce que tu peux dire pourquoi il y a cette alternative ? Pourquoi les couples se demandent s’il faut donner l’AZT ou pas au bébé ?
Tina : Mais en fait ce qu’il y a c’est que, bien sûr l’AZT c’est, comme je dis, ce n’est pas des bonbons. C’est des médicaments assez fort. Bien sûr les parents sont inquiets un peu. On sait que de façon générale ça se passe bien, on a assez de recul. Il y a des enfants qui ont maintenant 14, 15 ans et qui ont pris l’AZT à leur naissance et tout va bien. Mais si ce n’est pas nécessaire, c’est ça la question, est-ce que c’est nécessaire ou non ? Et si c’est nécessaire combien de temps ? On sait déjà qu’avant il fallait les recommandations. C’était six semaine pour l’AZT. Maintenant ça a diminué sur 4 semaines. Et j’ai déjà entendu des médecins débattre sur la question, est-ce qu’on pourrait encore réduire plus le temps et voir même si la charge virale de la maman est indétectable à la naissance, est-ce que c’est même nécessaire ? Puisque si la charge virale est indétectable, il n’y a pas de virus, donc à priori est-ce qu’il y a vraiment un risque que l’enfant ait quand même été contaminé et que cette AZT pourrait empêcher la contamination comme un traitement d’urgence un peu. Je pense que, ces futurs parents se posent cette question. Je sais qu’il y a des parents qui ont raccourcis aussi le délais du traitement, mais effectivement, les parents ont le droit de choisir. C’est eux qui vont donner le traitement donc personne ne peut les obliger et je pense qu’ils font pareils. C’est la responsabilité des parents.
Transcription : Sandra Jean-Pierre
