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Love, 40 ans, une femme africaine séropositive courageuse : « J’ai cette envie de vivre ! »

1er décembre 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Love est une femme africaine de 40 ans. Ca fait 10 ans qu’elle en France et a appris sa séropositivité 1 an après être arrivée en France. Comme elle habitait chez son frère, elle a préféré lui annoncer sa séropositivité. Sa réaction ? Il l’a prise dans ses bras et l’a soutenue, jusqu’au jour ou cela a posé des problèmes avec sa femme. Cette histoire Love nous l’avait raconté lors de l’émission du mardi 15 novembre 2011. Vous pouvez l’écouter sur le site papamamanbebe.net. Aujourd’hui, elle revient plus en détail sur sa prise de trithérapie. Donc sur sa première fois où elle a dû avaler ses médicaments. C’est suite à l’annonce de sa séropositivité, tout de suite elle a été mise sous traitement. Elle nous raconte aussi comment elle a fait pour bien suivre son traitement, quand elle allait d’association, en association.

Début du son.

Love : Le même soir, j’ai été mise sous traitement. Ca été dure. Ca veut dire, quand on est arrivé à la maison, il fallait déjà que je mange. Toute la journée, je n’ai pas mangé. Pourquoi ? Parce que, les infirmières m’ont fait comprendre que, on ne sait jamais, s’il peut avoir une intervention, ce serait à partir de 19h. Je n’ai même pas pris le café, ni du chocolat, je n’ai rien pris. J’étais comme ça. Même l’eau je n’ai pas bu. Après, quand on est rentré, j’ai mangé et j’ai commencé à prendre ce traitement. Mais c’était des gros cachets comme ça ! Ahlala, pour avaler, j’ai failli vomir ! Mon frère qui était là, me disait :«  Tu prends une cuillère de yaourt, tu mets dedans et tu avales ». C’est comme ça que ça partait. J’étais sous Bactrim. Je prenais aussi du Nifluril en gélule. La Sustiva je prenais, et du Combivir. Le Bactrim il était gros comme ça ! Je ne sais si c’est 400 mg. Mais bon, après, ça a pris du temps pour s’habituer.

Sandra : Au début, tu habitais chez ton frère. Ensuite, quand ton frère a décidé comme ça, du jour au lendemain, de te mettre à la porte, pour suivre ton traitement, comment as-tu fait ?

Love : Ca été très dure. Je ne dirai pas que ça été un moment de joie. Ca été des moments, comme ce mot-là, je ne connais pas, je ne connaissais pas avant. On dit, la déprime, l’anxiété, l’angoisse. J’avais tous ces problèmes-là, parce que, je passais 10 jours ici et à 9h, le propriétaire de l’hôtel, déjà à 8h, il vient, il frappe à ma porte : « Madame, il faudrait que vous vous prépariez parce que, au plus tard à 9h, vous devez sortir de la chambre ». Et donc, dix jours-là, dix jours-ci. Et, j’avais un sac à dos, j’avais ma valise. Et dedans, dans mon sac à dos, ça veut dire, quand j’allais, d’association en association, afin de pouvoir manger, j’avalais ça à ce moment-là, parce que, parmi les personnes, où j’allais manger, c’était des personnes comme moi. Donc, on n’avait pas à se cacher, je voyais d’autres personnes qui sortaient leur traitement, qui prenaient ça. J’ai dit pourquoi pas, vu qu’on est pareil. Donc, je prenais ça, ce n’est pas vraiment à des heures précises. Parce que, déjà je partais de l’hôtel au plus tard, à 9h. Je n’ai pas encore pris de café. Ca veut dire, tous ces médicaments, ça me tournait le ventre. Je ne sais pas, ça me remontait. Ca me restait sur le coeur comme ça, j’ai envie de vomir. Il fallait au moins trouver quelque chose pour mettre dans son ventre afin que ça puisse faire ce pansement dans le ventre et que, les cachets puissent se mélanger avec. Donc, je ne prenais pas le traitement à des heures fixes. Je me dis que, l’essentiel, est que je prenne ça le matin et le soir, comme le médecin me l’a prescrit. Donc, à l’heure où j’arrivais dans les associations, et qu’on doit manger à 12h, c’est à cette heure-ci que je prends les traitements. Et comme, si je finis là, on m’a remis un papier, un bon, ça veut dire, si j’arrive, vu que je suis dans les hôtels, il faudrait qu’on me donne de la nourriture pour le soir. Donc le soir, ça veut dire je reste là, dans cette association pour manger. Après, je vais dans une autre association pour pouvoir faire des remises à niveau, utiliser l’ordinateur, m’occuper dans la journée comme ça, parce que je ne savais où aller. Je ne savais pas quoi faire. J’étais dans la nature comme ça. Puis voilà, dès que j’arrive dans l’autre association, comme ça, toujours avec ma nourriture dans mon sac. Le soir, il fallait rentrer à l’hôtel au plus tard, à 18h. Il faut déjà être à l’hôtel, parce que, après 18h, ils ne te reçoivent plus. Vu que tu es envoyé par une association, et donc, il faut respecter les horaires. Tu n’es pas une touriste, donc il faut respecter les horaires. Et donc, j’avais le reste de ma nourriture comme ça dans mon sac à dos, tout refroidi. Je n’ai pas le choix. J’ai cette envie de vivre. Donc, je sors ma nourriture et le soir, à l’hôtel, je mange ça, tout froid, 19h. J’ai pris à 12h et vu qu’il est 19h, il faut se laver, il faut manger, il faut toutes ces choses-là. J’avais peur. J’ai dit, si je rate, ça veut dire, si je ne prends pas le soir, ça veut dire, le lendemain, ça y est, je vais mourir tout de suite. Donc, j’étais là, mon traitement, il fallait, quelque soit les conditions. Je n’ai pas d’endroit où aller. J’ai que les associations. Mais, ça été une belle épreuve.

Fin du son.

Sandra : Aujourd’hui Love vit dans son appartement, sa situation s’est stabilisée comme elle l’avait dit. Nino, à l’écoute du témoignage de Love, que ressens-tu ?

Nino : Une histoire triste de la part de Love. Mais, je salue son courage. Elle a été très courageuse. Une femme courageuse. Malgré les étapes qu’elle a traversé, elle a été refoulé par son frère. Elle n’a pas lâché son traitement. Vraiment, ça montre que beaucoup de gens ne comprennent pas encore le sens du VIH, parce que, le VIH, ce n’est pas... Ca me rend malade qu’elle ait été refoulée par son propre frère. Elle a été jetée dans la rue. Elle passait d’hôtel en hôtel avec son sac, avec son traitement. Mais, comme je vous ai dit, je salue son courage. Bravo à Love. Elle a continué son traitement sans le relâcher. Aujourd’hui, elle a une vie normale, une bonne santé, elle a un appartement. Ca va mieux pour elle.

Sandra : Par rapport à sa prise de traitement, au début, elle disait que c’était des gros médicaments, qu’elle avait du mal à les avaler. Toi, est-ce que tu as déjà rencontré des personnes qui avaient des difficultés avec leur traitement par exemple ? Ou, est-ce que cette situation te fait écho ?

Nino : Oui, ça me fait écho. Au début, c’est toujours... Ca n’a pas été facile pour tout le monde. C’est très dur au début, très dur. Vous n’avez même pas envie de prendre, vous oubliez parfois. Vous oubliez parfois de prendre votre traitement, parce que, c’est quelque chose qui vous tombe sur la tête comme ça. Mais, il faut prendre.

Sandra : Aurais-tu un message pour ceux qui auraient des difficultés, pour différentes raisons, à prendre leur traitement ?

Nino : Oui, un message à toutes ces personnes, c’est de persévérer, quelque soit les conditions de logement ou quoique ce soit. Parce que, c’est le traitement qui va faire sa force. De ne pas lâcher, quelque soit les conditions. D’aller jusqu’au bout.

Sandra : Love disait que, quand elle prenait son traitement, elle disait qu’il fallait qu’elle le prenne parce qu’elle pensait qu’elle allait mourir si elle ne le prenait pas. Est-ce que c’est vrai ou pas ? Est-ce que tu a des informations là-dessus ?

Nino : Non, pas qu’elle va mourir mais, vous savez, quand vous ne prenez pas le traitement, après, il y a les résistances. Après, ça crée problème. Le médecin me l’a dit. Quand vous prenez, après vous relâchez, après, il y a des effets. Quand vous allez chez le médecin, vous faites la prise de sang, il y a des effets. J’en connais quelque chose.

Sandra : Mais là, elle disait que c’était juste dans la journée qu’elle avait peur. Est-ce que c’est grave de louper sa prise dans la journée ?

Nino : Faut pas louper.

Sandra : Pour toi c’est à heure fixe ?

Nino : Oui, à heure fixe. Bon, il peut avoir un décalage de deux heures. Ca, les médecins le disent. Si par exemple, vous avez l’habitude de prendre votre traitement, entre, par exemple, si vous avez l’habitude de prendre à 20h, et que, à 21h, vous n’avez pas encore pris, vous pouvez prendre jusqu’à 22h. Si c’est 2h. Ca, les médecins nous le disent.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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