Nouveau livre de Cindy Patton : Femmes, migration et VIH
1er octobre 1995 (Migrants contre le sida)
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Le fait que le SIDA a d’abord été diagnostiqué chez les hommes homosexuels n’explique pas pourquoi les recherches, le travail social et même le militantisme se sont concentrés presque uniquement sur les hommes. Jusqu’à 1990, aucun programme de recherche n’existait sur la progression de la maladie chez les femmes. Et c’est seulement en 1993 que le CDC a élargi la définition clinique du SIDA pour prendre en compte les cancers spécifiques aux femmes.
Le nouveau livre de Cindy Patton insiste sur la relation entre la migration, la santé, et le genre, comme essentielle pour pouvoir s’organiser efficacement contre le SIDA. Oui, les femmes sont restées invisibles des débats sur la pandémie. Mais, parce qu’il n’y a pas réellement une identité partagée par toutes les femmes, Patton explique qu’il ne suffit pas simplement de rendre les femmes « visibles. » Insérer le concept de « femmes » — sans voir de près la façon dont les identités et les groupes comme les « femmes » se constituent — mène à une autre sorte de myopie.
Car justement, il ne faut pas oublier les nombreuses tentatives de coller la faute du SIDA sur le comportement « déviant » de certains groupes de femmes (prostituées, dealers) comme vecteurs du virus, représentant les femmes comme de simples récipients passifs (objets sexuels « innocents » pour des hommes bisexuels « coupables ») ou encore celles qui infectent leurs enfants (la « mauvaise mère » séropositive). Cette opposition entre femmes coupables et femmes innocentes s’articule autour de la race et de la classe sociale des femmes : les femmes immigrées (Noires ou Arabes) ont fauté par un « excès » de sexualité, alors qu’on accorde le rôle de victimes innocentes aux femmes blanches des classes moyennes.
Patton critique la recherche sur la prostitution et le SIDA, expliquant qu’il n’est pas suffisant de remplacer le terme de « prostituée » par celui de « sex worker ». La « comptabilité capitaliste » dépend de la séparation entre le travail domestique (féminin et séxualisé) et publique (masculin). Cette séparation rend impensable l’« échange » de sexe hors de la sphère du privée ou alors le définit comme un échange strictement commercial alors qu’il a souvent d’autres significations. Dans les grands cycles de migration en Afrique australe vers les grands centres urbains, le sexe a une valeur d’usage (bartering) pour beaucoup de femmes et d’hommes, mais souvent en parallèle avec d’autres relations sexuelles ou économiques. Un programme de prévention et de conscientisation du SIDA/HIV s’adressant uniquement aux « travailleuses sexuelles » ne « verrait » pas ce groupe.
Ce livre réussit à articuler la réflexion d’une militante sans jamais dévier de ses préoccupations. Dommage que lorsque Patton discute d’une politique à l’échelle mondiale, son langage se « technocratise ». Et la plupart des exemples et des cas sont euro-américains — malgré une tentative évidente de prendre en compte la diversité des situations et des expériences.
Patton, Cindy. Last Served ? Gendering the HIV Pandemic, Londres, Taylor and Francis, 1994. 163 pages.
