Les couples sérodifférents : toi, moi, et mon virus
22 août 2007 (Le Journal du sida)
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Les couples sérodifférents sont confrontés au traumatisme de la contamination, à la peur de contaminer et d’être contaminé, à la nécessité de repenser leur sexualité et au questionnement sur les risques d’avoir des enfants. Mais ils restent avant tout des couples, dont la capacité de communication et l’amour jouent un rôle décisif dans la construction d’une belle histoire à deux.
Mon ami m’a dit qu’il était séropositif juste avant qu’on sorte ensemble, se souvient Jonathan. Pour moi, ça n’a pas fait de différence. J’allais vivre une histoire d’amour et c’était tout. Je ne me suis pas vraiment posé de questions.
En revanche, on a beaucoup parlé – je voulais tout savoir de son état et des modes de transmission – et ça a instauré très vite un climat de confiance entre nous ». Annoncer son statut sérologique à celui qu’on aime est une épreuve pour les personnes séropositives, qui savent qu’elles courent le risque d’être abandonnées. Parfois, pourtant, un petit miracle se produit, et l’autre reste. Le couple sérodifférent décide de donner sa chance à la relation malgré le virus. « On vivait un véritable coup de foudre.
Alors, quand Julie m’a appris sa séropositivité, cette nouvelle est passée au second plan, relate Romain. J’ai vu ça comme un détail technique : il faudrait mettre le préservatif. »
Annoncée à l’orée d’une relation, la séropositivité acceptée se transmue en preuve d’amour susceptible de cimenter le couple, de lui donner une bonne assise pour affronter les difficultés de la vie à deux en général et celles de la vie avec le virus en particulier.
« Le scénario sera très différent si la séropositivité surgit dans le couple suite à une aventure extra-conjugale, avertit le psychologue Grégory Pérez. Outre le verdict de la contamination, le conjoint apprend qu’il a été trompé et découvre éventuellement la vie cachée de son partenaire en cas d’aventures homosexuelles ou bisexuelles. »
Le couple n’y résistera pas toujours. Car c’est avant tout une histoire à deux, construite sur plus ou moins de proximité, de confiance et de communication.
C’est sur ce socle que viendront s’inscrire les spécificités liées au VIH.
Crainte de la contamination
Le VIH s’immisce au coeur de la sexualité du couple sérodifférent et le confronte à une double peur : celle de contaminer et d’être contaminé. Celleci peut entraîner des troubles de la sexualité, du désir, du plaisir, voire une absence de sexualité.
« Notre premier baiser a eu lieu six mois après le début de notre relation amoureuse. Nous en restions à des caresses et des câlins », raconte Laura.
Tous deux sont très angoissés, surtout Jean-Michel, son compagnon séronégatif, qui se qualifie d’hypocondriaque.
S’il a réussi à surmonter peu à peu ses craintes vis-à -vis du sexe oral, pas question à l’heure actuelle d’avoir des rapports sexuels. Une frustration qu’ils supportent pour le moment, même si c’est difficile, portés par le sentiment de vivre une relation riche.
Mais la peur de la contamination n’épargne pas non plus les couples qui maintiennent des rapports génitaux. Tous le disent : elle demeure dans un coin de leur tête, plus ou moins perceptible. « Je n’y pense pas trop, mais je fais régulièrement un test, au cas où », explique Romain. « Je fais hyper attention, concède Julie, j’y pense même quand on a pris un risque minime. »
Jonathan estime que son compagnon séropositif a plus peur de le contaminer que lui n’a de craintes de l’être : « Pour ma part, je me suis fait à l’idée qu’il existe un risque, lequel reste malgré tout très limité. Je me suis bien renseigné sur ce que je peux faire ou non sur le plan sexuel, mon compagnon est lui aussi très au courant, et le reste nous vient naturellement ».
Faire avec le préservatif
Faire attention, se protéger demeure donc une composante du couple, qui ne peut faire l’économie de penser l’organisation de sa sexualité. « Au début de notre relation, j’avais peur que l’obligation de mettre le préservatif soit un problème pour Romain », confie Julie. « Et moi, je craignais qu’elle se fasse une montagne de cette question ! », rétorque Romain.
Tous deux disent avoir appris à faire avec le préservatif, à en faire un jeu. Certes, c’est une contrainte, mais ils considèrent qu’ils n’ont pas le choix. Robert aussi prend les choses avec philosophie. Pour mieux les vivre, lui et sa fiancée gardent l’espoir que dans quelques années, « un traitement ou de nouvelles méthodes de prévention, comme les microbicides, permettront de se passer du préservatif ».
« Certains couples se disent en quelque sorte que le port continu du préservatif est le prix à payer pour vivre avec le virus, analyse Jean-Pascal Iorio, psychologue au Kiosque Info Sida. Pour d’autres, ce deuil est impossible. Ils mesurent tout ce qu’ils vivent à l’aune de leur idéal, le rapport non protégé, et se jugent forcément en-deçà . Ces personnes tombent parfois dans des actes de transgression. »
Arrêter le préservatif, Jonathan y a pensé il y a deux ans : « J’avais envie de rapports non protégés et nous en avons parlé, mon compagnon et moi. J’ai aussi eu des discussions avec d’autres sur le forum “couples sérodifférents†? du site Internet de Sida Info Service, et j’ai fini par me dire qu’on s’aimait autant avec ou sans capote. C’est un manque pour moi, mais mon compagnon le compense par l’amour qu’il me donne ».
Parfois, c’est le fantasme fusionnel de tout partager avec l’autre, même sa maladie, ou d’être contaminé une bonne fois pour toute pour éviter d’avoir à faire attention, qui pousse des conjoints à exprimer leur désir de ne plus mettre le préservatif. « Je serais prête à le faire par amour pour Kimo, mais il n’est pas d’accord », explique Merryl.
Désir d’enfant
Les couples sérodifférents hétérosexuels sont confrontés à une autre spécificité : celle de la réponse à leur désir d’enfant. Souvent, leur déficit d’information sur les techniques de procréation en cas de sérodifférence les plonge dans des angoisses. « Je ne sais pas si je vais pouvoir être père, alors que c’est très important pour moi », répète William, bien que sa femme
Estelle, séropositive, lui ait déjà longuement expliqué que c’est possible, qu’elle a vu des couples sérodifférents avec enfants, et la technique d’insémination est d’autant plus simple que c’est elle qui est porteuse du virus. A l’hôpital, on a demandé à Laura si elle envisageait de faire un enfant et on lui a expliqué que le processus était sûr à 99 % pour l’enfant. « Mais j’ai trop peur. J’ai toujours fait partie dans ma vie du 1 % restant », se convainc-t-elle. De toute façon, son compagnon Jean-Michel lui a dit qu’il ne voulait pas être père. Ariane a mis elle aussi du temps avant d’être rassurée par les paroles de son médecin, tant sa première réaction, à l’annonce de sa séropositivité, avait été de dire qu’elle ne pourrait jamais avoir d’enfant.
Elle explique néanmoins que c’est elle qui a dû faire toutes les démarches, pour s’informer sur la manière de limiter pour l’enfant les risques de contamination et de toxicité des traitements pris pendant la grossesse.
Julie a eu ces mêmes peurs, tandis que Romain craignait « la façon dont elle vivrait la modification de son traitement et le changement de son corps pendant la grossesse. J’aurais aimé que les médecins nous encouragent dans ce processus. Beaucoup nous ont parlé par ellipses, sans clarté, regrette-t-il. Je crois que c’était lié à notre propre indécision. Une fois que nous avons vraiment été prêts dans nos têtes, ils ont été plus clairs vis-à -vis de nous », tempère Julie, en regardant tendrement leur nouveau-né.
En faire un plus
« Finalement, à part la nécessité de se protéger et ce processus de procréation plus encadré pour les hétérosexuels, qu’est-ce que le VIH change ? L’important, c’est que l’amour soit à la base du couple », note Jonathan. Le VIH fait partie du quotidien de son couple, mais il n’en est pas le centre. Lui et son compagnon en parlent surtout au moment des prises de sang. « Et puis, il y a des couples qui ont d’autres problèmes », souligne Romain. Alors, oui, quand le conjoint séropositif prend des trithérapies, il faut parfois faire avec plus de moments de fatigue et aménager la vie en fonction. Aider parfois l’autre dans l’observance de son traitement ou d’une bonne hygiène de vie.
Se confronter à des périodes de déprime, à des phases d’hospitalisation. Beaucoup s’imposent d’avoir de l’énergie pour deux. « Mais est-ce que ce serait très différent s’il avait un cancer ou un diabète ? », se demandent plusieurs conjoints séronégatifs. Quand les couples parviennent à surmonter l’épreuve du VIH dans la durée, ils sont unanimes : le VIH les a rapprochés. « Il y a quelque chose qui renforce le couple, explique Romain, traduisant la pensée générale. On relativise, on apprend à aller droit à l’essentiel quand on a conscience de la maladie et de la mort au quotidien. » Leur mot d’ordre : vivre au présent et en profiter intensément.
Lætitia Darmon
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Les couples sérodifférents : toi, moi, et mon virus
merci pour tous ces témoignages, car j’ai 55ans et je viens de rencontrer un homme de 58 ans porteur du VIH je suis très angoissée, je suis perdue ....
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Les couples sérodifférents : toi, moi, et mon virus
je suis une femme de 40 ans infirmière qui vient de faire la connaissance d’un homme de 49 ans.Il vient de m’annoncer sa seropositivité et j’avoue que j’ai été surprise. Par ailleurs je me dis que c’est une preuve de respect et d’amour car nous sommes à peine entrain de faire connaissance ... ces témoignages m’ont aidé à prendre ma décision et je dis merci à ce site pour les informations apportées.
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