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À propos du Comité des familles pour survivre au sida | Jean-Pierre Quiviger | Questions aux séropositifs et ceux qui les aiment pour faire entendre notre voix

Journée mondiale contre le sida : des oubliés de l’épidémie prennent la parole

6 décembre 2007 (papamamanbebe.net)

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Compte rendu de la table ronde du 1er décembre à l’espace Isthar avec la participation de Youssef Boussoumah des Indigènes de la République et de Philippe Rivière du Monde Diplomatique.

Débat avec le Comité des familles à la librairie Ishtar le 1er décembre 2007 à 19 heures

Tandis que les campagnes médiatiques de prévention contre le sida, à l’occasion de la journée mondiale attribuée au combat contre cette épidémie, battent un peu de la semelle dans plusieurs villes de France et, à Paris près de l’Hôtel de Ville (Aides) et sur le Pont des Arts (Sidaction), les personnes séropositives étaient réduites médiatiquement parlant, à la quasi inexistence, comme il est de coutume, à cette occasion.

A ceci près… qui n’est pas sans importance, tant existentiellement que symboliquement : un certain nombre de « concernés » organisés en comité (Comité des familles pour survivre au sida) étaient invités, avec quelques autres représentants d’une résistance à la médiocratie bureaucratique chargée de poursuivre sans faiblesse l’œuvre déjà bien avancée de l’écrasement de la classe populaire (« le peuple souverain »), à une table ronde sur le thème « la contamination par le sida depuis les années 83, ses causes et ses conséquences, en lien avec un contexte politique donné qui n’a pas manqué de s’en prendre à tous les devenus gênants de la sociale démocratie libérale. Un journaliste et militant des « Indigènes de la République participe au débat. « le Monde Diplomatique » est représenté à travers la personne de Philippe Rivière.

Cadre sobre et chaleureux à la fois. La librairie Isthar, située rue du Cardinal Lemoine est un espace assez discret et accueillant où les livres de sagesse et de sciences écrits en arabe ou traduits en Français, ou les titres aussi d’ouvrages récents liés aux luttes de libération menées un peu partout sur la planète contre l’oppression et l’arbitraire, semblent se joindre à Fouzia Lamrani (l’initiatrice de cette librairie ouverte sur la parole libre et vivante) pour accueillir les visiteurs et les inviter à s’exprimer dans l’authenticité de leur être.

On comprend aisément, en ce lieu de liberté, que les mots prononcés ne rencontrent de densité que par rapport à l’écoute de chacun des participants et qu’ils ne rayonneront à l’extérieur que s’ils ont été d’abord partagés par le groupe présent… Ils ne sont visiblement pas destinés à être entassés dans des archivages télévisuels ou téléphoniques. Non, ils ne sont pas lettres mortes. Les hommes et les femmes qui ont franchi la porte de cet espace sont décidés à être eux-mêmes avec leurs difficultés et à dénoncer sans avec le plus d’objectivité possible ce qu’ils ont découvert de l’injustice qui leur avait été faite et non de la fatalité dont ils ont dit qu’ils ont été frappés. Ils viennent donc avec ce qu’ils comprener des machines à broyer qui ont fonctionné à plein contre leur destinée libre en s’attaquant à leur dignité. Ils viennent avec leur vécus respectifs tous différents, faits de souffrances, de luttes, d’espoir et aussi d’amour.

Fouzia Lamrani ouvre donc le débat et propose à Reda Sadki, responsable du « Comité des familles pour survivre au sida » de présenter un peu l’association. Visiblement peu enclin à prendre la parole, il la passe à Ahcène, habitué des émissions radiophoniques « survivre au sida » (radio Maghreb) pour rendre compte de la vie de l’association. Ce dernier, de sa voix toujours vibrante de chaleur humaine, se charge donc de remplir la mission en quelques mots. Le comité des familles n’a pas trop besoin d’être expliqué : sa vitalité se mesure à la participation de ses membres, tout simplement… Quelques reportages projetés sur écran seront plus illustratifs de son activité que quelques paroles un peu formelles. Reda, donc se met en retrait et s’installe pour visionner… Une soirée « Méga Couscous », d’abord organisée à l’hôpital de Bicêtre… Quelques mots d’un des préparateurs de la soirée que je cite de mémoire : « la chorba, le Ramadan, depuis leurs origines, signifie la capacité de solidarité des musulmans, au-delà des différents religieux, la chaîne humaine… »

Chaîne humaine, oui. Oui… Madeleine, en Haute-savoie, est décédée la semaine dernière. Militante très activez, elle était parvenue, en Suisse, à animer, durant des temps scolaires, des échanges avec les élèves, pour la prévention. Elle était aussi parvenue à ce que sa famille ne la rejette pas pour sa maladie et à ce que ses enfants soient réunis près d’elle, en amour. La projection a donc été poursuivie sur ses interventions, sur prises de paroles à propos de son combat, de son action quotidien, de ce qu’elle mettait de foi et d’espoir dans ses engagements. Chaîne humaine. Reda et Ahcène étaient allés, la semaine dernière, la rejoindre pour accompagner les derniers pas qu’elle faisait sur cette terre. Vivante, elle était avec nous et nous étions avec elle. Morte, elle est parmi nous…graine levée pour la reconnaissance de notre dignité… Chaîne de solidarité. Ahcène et Reda étaient muets pour présenter le Comité. Compréhensible. La parole était à Madeleine.

Silence…

Ahcène, après la projection, parvint à faire un bref commentaire où il jeta les passerelles qui permettaient un peu mieux de saisir comment les malades du sida, dans les zones les plus sinistrées de l’univers social français, avaient été frappés par un injuste conditionnement qui avait favorisé le développement de cette épidémie. L’injonction de la drogue aux années les plus fortes de la mutation post-industrielle (fin Giscard et début Mitterand), le peu de précautions prises par les pouvoirs publics pour éviter les échanges risqués de seringues porteuses de virus…etc. Le massacre programmé de haut, à seule fin d’endormissement de la classe populaire dont la rébellion aurait pu éprouver sérieusement le pouvoir.

Sortant des frontières hexagonales, Hadjara, de la Côte d’Ivoire, dresse de la contamination par le sida, un tableau illustratif en offrant quelques chiffres en valeurs comparées qu’il est impossible de saisir de manière abstraite. Les données sont accablantes : un Ivoirien de petite condition (non misérable) peut espérer un revenu de 200 euros. S’il est contaminé la contribution qui lui sera demandée pour le traitement de sa maladie avec des médicaments de première génération (pas forcément adaptés à sa pathologie se montera à une soixantaine d’euros, somme à laquelle il devra ajouter les frais d’analyse (payantes, surtout pour la détection de la charge virale !) Que reste-t-il pour vivre alors ? C’est avec ce langage simple qu’Hadjara nous fait comprendre la situation vécue par de nombreux Ivoiriens et qu’elle propose une minute de recueillement par respect pour les décédés… Youcef ! Bien que très lié à la France par ses liens familiaux, par son éducation, par son vécu, n’en est pas moins sans-papiers, à cinquante ans et avec la séropositivité, risquer à tout moment d’être arrêté pour défaut de présentation de titre de séjour en règle, c’est assez pathétique. Comme si ce n’était déjà pas assez d’avoir à supporter les difficultés liées à la maladie. Bénéficiaire, après de nombreuses démarches, de l’AME, elle lui est refusée dans certains établissements où il doit donc régler la note de frais, dans d’autres, par contre, elle fonctionne sans problèmes… L’administration, donc, se plaît à multiplier les contradictions et à rendre ainsi la vie quotidienne toujours plus difficile et déboussolante.

Paolo, immigré italien de vieille génération aussi, mais heureusement moins ennuyé par les problèmes liés aux titres de séjour, présente son combat contre la maladie déjà ancienne, le travail militant qu’il a fait pour vivre avec et pour militer à la faveur d’une justice sociale qui ne se calquerait pas avec exploitation et mépris de l’homme…

Youcef Boussamah, des Indigènes de la République, quant à lui insiste : « Non, je ne crois pas à la fatalité, je n’y crois pas. Cette maladie ne tombe pas du ciel comme la pauvreté sur le monde, elle est intégrée à l’ensemble du conditionnement social depuis les grandes années de la récession ». Jean Volza d’ « Afrique Avenir », invité, prend la parole pour rappeler l’importance du travail de prévention qui doit faire l’objet d’une attention constante sur le plan mondial et africain, en particulier.

Philippe Rivière « du Monde Diplomatique » est plutôt observateur. Il intervient peu, se contentant de manifester par quelques mots son appoint à la résistance solidaire en train de s’organiser. Quelques approches d’ordre international sur la manière dont certains pays (Afrique du Sud en particulier) ont tenté de résister à la main mise de l’industrie pharmaceutique occidentale sur les traitements destinés à combattre le virus.

Propos auxquels viennent s’ajouter ceux de Fouzia dénonçant l’impuissance de l’OMS à astreindre les gouvernements membres à s’astreindre aux règles édictées pour le bien de la santé publique dans la lutte contre le sida.

D’autres invités ont pris la parole. Je ne crois pas nécessaire d’alourdir encore ce compte rendu déjà assez dense…

Simplement, et pour finir, je relèverai les propos tenus par Valérie, mère séropositive de quatre enfants en assez bas âge, mariée depuis quinze ans un Africain séronégatif qui ne l’a jamais rejetée en raison de cette maladie. Valérie se plaint un peu de ce que son mari impose le silence à sa femme, sur ce sujet, au sein du cercle des sa famille africaine. Elle précise : « j’en ai quand même marre de ce silence à respecter pour une maladie qui n’a rien d’honteuse. Heureusement, l’amour nous lie. Voilà quinze ans que nous sommes ensemble et que nous nous aimons. C’est beau, l’amour. ». Oui, c’est beau.

A Fouzia, qui nous a invité revient le dernier mot, celui qui donne sens : « à travers ce débat, la nécessité de la prévention s’est révélée sans artifice nécessaire, elle allait de soi dans le partage de la parole. Pas un mot creux, un mot traversé par volonté de constituer une résistance organisée à la maladie et aux conditions sociales qui favorisent son développement. »

Jean-Pierre Quiviger


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