Maison des familles | Repas de l’amitié
Des délices ivoiriens sur la table et de la solidarité multicommunautaire au Comité des familles
31 octobre 2008 (papamamanbebe.net)
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Écouter: Des délices ivoiriens sur la table et de la solidarité au Comité des familles (MP3, 6.4 Mo)
Reda a participé au repas, et a fait le compte rendu suivant pour les membres de l’association, en espérant que ceci vous mettra l’eau à la bouche.
J’ai eu le plaisir de participer au repas de l’amitié vendredi dernier. Cela a été pour moi un moment fort, d’où mon envie d’en rendre compte ici. Merci à ceux et celles qui prendront le temps de lire ces lignes.
Mardi soir à l’Assemblée des familles, J. s’était spontanément proposée pour préparer le repas de l’amitié de vendredi. La semaine précédente, elle venait juste d’adhérer, alors que son fils nous épate chaque samedi lors des cours de danse hip hop avec notre ami Ousmane.
On avait beau proposé de lui donner un coup de main aux préparatifs, pour J. c’était un point d’honneur d’apporter sa contribution en partageant la cuisine de son pays, la Côte d’Ivoire. Mardi soir, quelques voix s’étaient exclamées pour dire que « ça changerait du couscous »... On est multicommunautaire, ou on ne l’est pas ! Quand au menu, « ce sera une surprise ! » nous explique-t-elle.
Je me suis donc retrouvé vendredi à midi au local, en me demandant ce qu’on trouverait sur la table de ce premier Repas de l’amitié.
J. est arrivée avec un ami, très intéressé, lui aussi, par les projets et l’action du Comité. Après avoir fait le tour des associations parisiennes, il ne s’est jamais senti chez lui, mais sa cousine lui a dit beaucoup de bien du Comité, et « elle n’a jamais raconté des histoires »... Il ressent le besoin de parler et d’échanger avec d’autres personnes concernées, alors qu’il est contraint à la clandestinité dans la vie quotidienne. Pourtant, il n’a honte de rien.
D’autres personnes arrivent. Hadjara débarque de son rendez-vous le matin dans un service hospitalier pour faire connaître les activités proposées par le Comité des familles aux personnes qui viennent en consultation. S., venue une seule fois au Comité, à l’occasion de l’AG des familles (sa fille avait participé au défilé de mode de Rita, on la retrouvera dans l’album photo du Comité), visite pour la première fois le local. Elle raconte qu’à côté de chez elle, dans le 13e arrondissement, elle s’est investie dans le soutien à des familles ivoiriennes d’un squat rue Vincent Auriol, expulsé avec toute la violence que réservent les CRS aux familles pauvres, sans papiers, et Noires, dans l’indifférence générale.
Notre ami L., sénégalais, vient régulièrement au Comité. Comme d’habitude, c’est Ariane qui lui a transis l’invitation du Comité pour participer à ce repas. Le hasard fait qu’il connaît très bien le cousin de J. Des retrouvailles comme cela ne s’improvisent pas...
On sera donc sept personnes — Français ou Immigrés, Noirs, Blancs ou Arabes — à se mettre à table.
Je n’ai rien dit jusqu’ici sur les plats. Il est difficile de restituer les délices avec des mots. Il y a un yassa sénégalais (dont les ivoiriens semblent revendiquer la paternité), l’Alloco (reçette à base de bananes plantain frites), de l’igname, deux succulents poissons grillés recouverts d’oignons et de légumes. Que des bonnes choses. Je regrette que Mylène, qui a animé l’atelier nutrition, n’est pas là (elle bosse à plein temps, jongle avec sa vie de famille comme la plupart d’entre nous !) car je pense qu’elle aurait apprécié la qualité des plats.
En plus des délices sur la table, il y a un vrai plaisir à échanger. La discussion s’engage rapidement sur de multiples sujets. Bien sûr, on parle de VIH. S. a arrêté son traitement, parce qu’elle a décidé de consulter un « guérisseur » qui ne prend pas d’argent mais qui dit qu’il peut l’aider face à sa maladie. Elle aborde timidement le sujet, et si les réactions sont vives (« Tu es intelligente, comment peux-tu croire à ces histoires de guérison ?! »), elles sont sans jugement et sincères car elles viennent d’autres personnes concernées.
En fin de compte, face au VIH, tout le monde flippe face au cumul d’incertitudes, même avec les trithérapies, et personne n’a « la » solution. On ne peut reprocher à quelqu’un de chercher ses propres réponses, au-delà de ce que propose la médecine. Pour ma part, j’estime que toute personne qui prétend ou sous-entend qu’elle peut guérir le VIH est non seulement un charlatan mais aussi un criminel. Pour autant, je ne juge personne, chacun est responsable de ses propres choix. Attention toutefois de ne pas se perdre dans des promesses sans lendemain. Je me dit où le jour où quelqu’un trouvera comment guérir de l’infection, les séropos le sauront avant les journalistes et peut-être même avant les médecins. Que cette guérison vienne du continent africain ne me surprendrait pas, loin de là. Je l’espère, même.
Lors de ce repas, je me rend compte aussi que la plupart des gens qui nous connaissent, qui sont venus au Méga Couscous ou à la Fête des amoureux ou encore aux rencontres des parents... savent à peine qu’on a ouvert un local, et parmi ceux qui le savent, pratiquement personne ne sait qu’on organise toutes ces activités, il y a des choses à faire en journée et en soirée, pratiquement tous les jours de la semaine, pour les petits comme pour les grands. E., par exemple, dit qu’il adore les jeux de société, surtout le Scrabble. Alors comment le mettre en contact avec Paolo, pour qu’il vienne prêter mains fortes les jeudi après-midi, où on se retrouve pour jouer ?
Si j’écris autant sur ce repas qui se terminera vers 15h30, c’est parce que je vois, de jour en jour, de semaine en semaine, sous mes yeux, la concrétisation du rêve que nous avons porté avec Ahcène et tant d’autres au Comité ces cinq dernières années. Le rêve que des personnes « concernées » (comme on dit) se montreraient capables de s’organiser au-delà des clivages à l’infini (prétextes à milles et une embrouilles) qui fracturent l’épidémie, pour monter des projets qui tiennent la route et qui donnent envie aux 90% des séropos qui ne vont pas dans les associations de se mobiliser. Non pas par altruisme, mais par solidarité et, surtout, parce qu’il n’y a pas toujours de solutions individuelles aux problèmes auxquels nous sommes confrontés.
En avant le Comité,
Photos

Mon assiette au Repas de l’amitié

Quelques-uns des délices préparés par notre cuisinière


