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Témoignage de Catherine, séropositive depuis au moins 27 ans, grand-mère et combattante de la Génération sacrifiée
2 décembre 2008 (lemegalodon.net)
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Récit témoignage de la conférence de presse du 28 novembre 2008 organisée dans le cadre de la Journée mondiale contre le sida.
Bien que je commençais à être rompue à la prise de parole en public, la conférence d’hier, « génération sacrifiée », m’avait profondément remuée. Bien plus que je ne l’aurais cru en tout cas.
J’avais fait partie en plein de cette génération crucifiée sur l’hôtel de la prohibition.
Seringues rouillées, tordues, bouchées, chauffées, limées, infâmes qui ont fait fleurir sur nos bras des coquelicots jaunes hépatites et rouge sida.
Pendant ce temps là dans les prisons nous étions invité à donner notre sang.
Impossible d’acheter une seringue neuve dans une officine à Paris ou dans toute sa banlieue, pas plus qu’en province non plus. Et sauf pour ceux qui avaient dans leur entourage un proche insulino-dépendant pour leur donner des seringues, cette rétention de matériel stérile avait favorisé et largement entretenu les contaminations exponentielles des années 80. (hépatites et sida)
Les quartiers, les cités et l’immigration en particulier, entre prison et sida, avaient payé un lourd tribut à l’inconscience politique. Et aujourd’hui, je n’étais qu’à moitié surprise lorsque dans les quartiers, les petits frères de cette génération là, brûlaient n’importe quoi, avec les strates d’une colère trop longtemps contenue.
Pratiquement personne ne parlait plus de cette génération à part Reda. C’est pour cette raison que je le soutenais et lui prêtais main forte à chaque fois qu’il me sollicitait. Son énergie me portait et l’appel que nous venions de lancer à Carla Bruni Sarkosy m’avait galvanisée.
Il luttait bec et ongles contre le fatalisme lié à l’immigration et à la pauvreté tout en privilégiant la prévention. Il faisait en sorte que toutes ces personnes, celles qui étaient en vie post contamination, leurs enfants et leurs proches et la génération suivante aussi, soient enfin entendues et soutenues .
Dans la salle du comité des familles face au public et aux journalistes, la chanteuse Leslie et Dj Kore, de jeunes artistes, étaient là en soutien. Oh bien sur ça n’avait pas la dimension d’un sidaction plein de paillettes et de chansons, mais leur richesse de coeur et leur prise de conscience valaient tous les « real sida » du monde. Puis des flaches ont crépité mais je n’étais plus là.
27 Décembre 1981.
Huit heures du mat’ seule dans une pièce pieds dans les étriers, j’attends que mon col se dilate pour accoucher. Il est 14 heures maintenant et ça fait des heures que j’attends ici, allongée sur cette table, sous cette énorme lampe dont la lumière oblique me démolit les yeux .
Je ne sais pas avec certitude si ce sera une fille, je n’ai passé aucune échographie durant ma détention, aucun examen, Rien de rien. Mais je la sens, je la sais là, en moi. Elle ne veut pas venir et je la comprends, je lui suis totalement solidaire de sa peur de ce monde que je n’arrive pas à gérer non plus.
Je revois cette mauvaise came Pakistanaise que je viens de quitter elle qui a rendu en quelques mois tous mes potes aveugles, sourds ou leur a fait perdre leurs cheveux par plaques entièresL
Je revois le palais de justice, mon arrivée en prison au presque cinquième mois de ma grossesse, le mitard, le grillage devant la porte, l’assiette et le verre en plastique, la solitude qui m’oppresse jusqu’à l’étouffement. Je peux même sentir l’insoutenable odeur du chiotte qui a creusé ma mémoire pour y planter, indélébile, l’indicible moment.
Je peux sentir chaque seconde me transpercer le ventre.
Je me revois au 9 ème mois de ma grossesse, entravée comme une chienne qu’on emmène à la fourrière, quitter la prison de Fleury Mérogis pour celle de Fresnes où je suis censée accoucher.
Où aurai je pu aller dans cet état ? Comment courir ? Toute la violence de la prison et de la drogue se concentrent dans cette image.
A 14 heures un toubib qui m’ausculte décrète qu’il faut me césariser d’urgence. Branle bas de combat et pas de course jusqu’au bloc. Installation des champs opératoires et cliquetis du matériel. J’assiste à toute la préparation. J’ai peur. J’ai peur de quelque chose d’impalpable, de sournois, d’indéterminé, d’imminent qui m’oppresse en continu sous la lumière verticale qui me transperce. Le masque à oxygène, le blanc des murs, des blouses et la lumière cyclope me font penser à un linceul qui se resserre sur moi. C’est la première fois qu’une anesthésie me fait peur…
Dans mon brouillard post opératoire une voix me parle, là sur ma droite. J’ai la bouche pâteuse et mon cerveau semble flotter dans un bocal de chloroforme. Mes pensées se suivent mais ne se ressemblent pas, elles se baladent dans le liquide sous cette même lumière crue.
« Madame vous avez une petite fille…Elle pèse 2kg 600 ».
Je tente un effort pour tourner la tête tout en la relevant alors qu’un éclair de douleur me déchire le ventre.
Est ce qu’elle va bien…parviens je à articuler d’une voix inaudible. Est elle normale ?…Je tente d’émerger de l’anesthésie.
Oui, absolument normale tout va bien…Elle va un petit peu en couveuse et ensuite on vous la ramènera…Reposez vous en attendant.
Deux jours plus tard lorsque je vois le pansement sur son front j’interroge.
Oh, ce n’est rien, juste une petite coupure, elle avait le front collé à votre ventre quand le chirurgien a ouvert…
Je ne le sais pas encore mais elle contaminée par le virus du sida.
Puis, doucement, je suis revenue au local quand le docteur Eric Chapeau parlait de son combat des années 80, de préservatifs et de ruban noir. J’ai repris la parole, Balayer les clivages, le communautarisme entre Marais et banlieues, sortir des cités, de la pauvreté et de son fatalisme.
Dire à tous les gosses nés contaminés dans ces années là : « Oui vous pouvez vivre, oui vous pouvez exister au grand jour » et surtout leur donner les clés.
Ma fille, sa fille de deux ans et moi ainsi que quelques autres en sommes le parfait exemple. Encore faut il leur donner les moyens.
J’avais envie de dire plein d’autres trucs mais ce n’était pas un débat.
Pourquoi chaque année, au cours de leur grande transe conjuratoire pour la récolte de fonds, les stars oublient elles tous les laissés pour compte des quartiers défavorisés ?
Pourquoi il y a t’il si peu de place pour la prévention alors que chaque jour nous arrive, études et chiffres alarmistes sur l’épidémie et sur sa progression ?
Puis, je m’étais tournée vers une caméra pour reprendre de texte de Reda au nom du Comité des Familles adressé à la première dame de France. Ne s’était elle pas engagée dans la lutte contre le sida, à donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, grâce à sa médiatisation ?
Chère Carla
Vous allez annoncer lundi 1er décembre votre engagement contre le sida, notamment auprès des mères et des enfants touchés par le virus.
Au nom du Comité des familles, association créée par des mères et des pères vivant avec le VIH, nous souhaitons vous rencontrer pour vous alerter sur la situation dramatique que nous vivons au quotidien.
La situation dans les quartiers et banlieues où nous vivons est grave : notre génération a payé un lourd tribut au sida, et nous luttons pour que nos enfants grandissent dans un monde plus juste.
Votre écoute et votre soutien peuvent faire changer les choses.
Bravo pour votre engagement.
Veuillez recevoir nos salutations solidaires pour survivre au sida.
Pour le Comité des Familles,
Reda Sadki
Une fois de plus, je nourrissais beaucoup d’espoir tout en sachant au fond de moi qu’il resterait dans la boite de Pandore avec les autres maux.
Ce matin encore en cette veille de 1er décembre, je n’en revenait pas encore de tout ce que cette conférence de presse avait remué en moi...
Catherine
Photos

Catherine avec Leslie et Kore

Catherine, à côté de l’affiche en hommage à Madeleine Amarouche
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Témoignage de Catherine, séropositive depuis au moins 27 ans, grand-mère et combattante de la Génération sacrifiée
Cathy j’ai besoin de toi,je suis née sero ,mes parents sont dcd,ma famille me l’a cachée,je l’ai su à 23 ans maintenant j’ai 25 ans’,fleurfragile@gmail.com
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Témoignage de Catherine, séropositive depuis au moins 27 ans, grand-mère et combattante de la Génération sacrifiée
Bravo Catherine, gardez courage, la vie n’est pas 1 long fleuve tranquille, c’est 1 lutte perpétuelle dans tous les sens du terme surtout en ce qui concerne le VIH-SIDA.Je vih avec depuis 20 ans, maman, grand-maman, mes enfants ne sont pas séropos. Je fais partie d’1 asso de lutte contre le SIDA et je témoigne chaque fois que je peux, car si 1 personne peut passer au travers ce sera 1 personne qui n’expérimentera pas toutes les souffrances par lesquelles nous avons dû passer. Portez vous bien.
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Témoignage de Catherine, séropositive depuis au moins 27 ans, grand-mère et combattante de la Génération sacrifiée
Bonjour, c’est énorme le courage que cela me donne pour mon fils de bientôt 14 ans et moi-même, touchés de plein fouet à l’accouchement
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Témoignage de Catherine, séropositive depuis au moins 27 ans, grand-mère et combattante de la Génération sacrifiée
Bonsoir,
Je suis contente si mon témoignage peut vous aider, vous et votre fils, à aller mieux. Cela me confirme que le travail effectué par Reda et le comité des familles est essentiel pour redonner du peps aux concerné(e)s par l’épidémie. Et puis surtout, la confirmation qu’un gramme d’expérience valent mieux que dix tonnes de théorie. N’hésitez pas à me contacter si vous avez envie de parler.
Vous éclairez ma soirée.
Belle et longue route à vous deux.
Fraternité, force et détermination.
Catherine
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Témoignage de Catherine, séropositive depuis au moins 27 ans, grand-mère et combattante de la Génération sacrifiée
bonjour Catherine, Bravo pour votre parcours aussi long en matière de HIV. J’aimerais bien discuter avec vous en dehors de ce forum. voici mon mail : cassette@free.fr. Je suis à la recherche de médecines alternatives pour le traitement du VIH. A bientôt de vous lire cordialement Martine
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Témoignage de Catherine, séropositive depuis au moins 27 ans, grand-mère et combattante de la Génération sacrifiée
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Témoignage de Catherine, séropositive depuis au moins 27 ans, grand-mère et combattante de la Génération sacrifiée
je suis bouleversée par votre ttémoignage Cathérine, quelle est votre secret je viensd’apprendre ma séropositivité et je suis toute triste que faire, comment manger, doisje continuer a faire l’amour avec mon époux ( lui aussi séropositif) ? je ne suis pas sur traitement carme dit-on mon CD4 est assez élévé Merci de m’aider


