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Hommage aux disparus | Hommes séropositifs | Odile

Odile témoigne, 16 ans après : « Ma fille avait 5 ans quand son papa est décédé du sida »

8 avril 2009 (papamamanbebe.net)

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Odile a aujourd’hui 44 ans. Voici le message qu’elle nous a avait adressé, avant de prendre la parole à l’antenne de l’émission :

Il y a 16 ans mourrait du sida le père de ma fille… J’ai vu la réaction des gens face à cette maladie. Elle est et restera considérée comme une maladie à part… Si les gens ne se sentent pas concernés c’est que beaucoup de non-dits reste autour de ce virus. Moi comme ma fille, avons appris a "sélectionner" les personnes à qui nous en parlons pour la première fois, je peux vous dire que toutes réagissent pareil : petit sursaut, et reflexe de peur…nous ne sommes pas séropo, mais immédiatement soupçonnées de l’être…Le tabou et la peur sont énormes. Le sida c’est bien connu : c’est pour les autres. Peut-être la faute première en incombe au média, hormis pour le Sidaction, on entend jamais parlé de rien, aucun programme ou une pub de temps en temps, alors faut pas s’étonner…Et puis le charity people c’est sympa mais de la vraie information serait surement plus utile. Mais bon pour le sida comme pour le reste : c’est tellement plus pratique la politique de l’autruche.

En 1989, le père de sa fille découvre sa séropositivité. Quelques années plus tard, il décède, trois ans avant l’arrivée des premiers protéases. Trop tard pour lui. Pour elle, les patients d’aujourd’hui ont au moins cette chance. « Même si c’est super difficile ce qu’ils vivent, ils ont accès à ces thérapies ». Son conseil ? « Il faut se battre, bouffer la vie comme ils bouffent leurs médicaments. Profiter de chaque jour qui passe, c’est un combat ».

Leur fille fêtait ses cinq ans un mois après le drame. Pourtant, pas question pour Odile de lui dire ce qui c’était passé. « Avant, il n’y avait pas d’espoir. Je ne lui ai pas dit pendant des années que son père était mort du Sida. Il fallait que je la protège de ça, des autres ».

Pourtant, si Odile a adopté un tel comportement, ce n’était pas de gaîté de cœur. Perdue, seule, c’est le manque d’assistance qu’elle regrette avant tout. « J’ai été obligée de lui mentir pendant des années. Ça m’a beaucoup pesé. Le plus dur a été quand il a été hospitalisé. Je n’ai pas été du tout soutenue. Pourtant, j’étais active dans une association de lutte contre le Sida, mais je n’ai pas été soutenue psychologiquement avec ma môme. Je n’ai pas pu réceptionner sa souffrance et son chagrin à ce moment-là ».

Il a fallu attendre huit ans pour qu’Odile révèle à sa fille les circonstances de la mort de son papa.

« Je lui ai dit vers 13 ans, mais c’était un peu tôt. Elle n’a pas compris vraiment, on est resté beaucoup dans le non-dit. Elle a beaucoup beaucoup de mal à l’entendre. On n’en parle pas. C’est quelque chose de lourd entre nous. C’est dur quand on est jeune d’entendre des choses comme ça. On a envie de voir la vie en rose, pas de la voir en noir. On n’a pas trop envie d’entendre tout ça ».

Si le tabou entre sa fille et elle perdure, c’est aussi le cas avec les personnes qu’elle a été amenée à rencontrer au cours de sa vie. « Dès que je disais qu’il avait le Sida : gros silence. Et la première question c’était : Et toi ? (…) Des gens ont disparu de ma vie après ça. Je pense que ça a même fait fuir certains hommes dans ma vie. Il y a un rejet immédiat même si on ne l’a pas, mais si on a été en contact avec les séropositifs. Depuis, j’ai appris à me taire ».

Les réactions de tardent pas autour de la table.

Nabila : « Votre témoignage est très émouvant. Moi, j’avais choisi l’option de le taire, car discuter avec ses enfants du Sida, ce n’est pas une mince affaire. Mais le non-dit contribue à la non-compréhension de nos enfants ».

Seize ans plus tard, Tina se demande si les comportements ont vraiment évolué.

Pour Odile, « ça na pas beaucoup changé. Je le vois dans les comportements autour de moi. Le Sida c’est pour les autres, jamais pour soi-même. Je trouve qu’il n’y a pas d’évolution ».

Larissa, qui souligne sa bravoure, s’interroge sur ce qu’Odile peut ressentir, après ce témoignage. « Comme 16 ans avant, toujours des tremblements, beaucoup de souffrances. Mais aujourd’hui pour la première fois, je parle à des gens qui m’écoutent et qui comprennent ce que je dis. Après cette expérience-là, j’ai été déshumanisée, j’ai perdu foi en l’humanité ».

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