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Charge virale indétectable | Contamination et prévention | Faire un bébé quand on est séropositif | Sexe et sexualité | Willy Rozenbaum

Willy Rozenbaum répond aux couples confrontés au VIH : « On doit communiquer sur le fait qu’un traitement bien pris réduit le risque de transmission du VIH »

11 mai 2009 (papamamanbebe.net)

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Les traitements contre le virus du sida permettent non seulement de sauver des vies mais également d’empêcher la transmission du virus. Cette nouvelle, longtemps restées confidentielle, a été portée sur la place publique par des médecins de la Commission fédérale suisse sur le sida en janvier 2008. Quinze mois plus tard, le Conseil national du sida a présenté son propre avis sur l’intérêt préventif du traitement devant les médias et les associations, à l’occasion d’une conférence de presse tenue à l’Assemblée nationale le 30 avril 2009.

Lors de la conférence du 30 avril 2009 du Conseil National du Sida qui publiait — 15 mois après l’avis suisse — un avis sur l’intérêt de la prévention par les médicaments, son président, Willy Rozenbaum, a répondu à nos questions.

papamamanbebe.net : Faut-il taire le fait qu’un traitement bien pris réduit les risques de transmissions du VIH ?

Willy Rozebaum : Non sûrement pas ! Justement, on communique là-dessus, et l’on considère que c’est une information à partager.

papamamanbebe.net : Faut-il condamner les personnes séronégatives qui décident de faire confiance à l’observance de leur partenaire séropositif pour se protéger ?

Je pense que cette information sur l’intérêt du traitement doit conduire à une meilleure communication entre les personnes dans une relation sexuelle. Quand on entame une relation sexuelle, surtout lorsqu’elle est un peu stabilisée, la confiance devrait faire partie de cette relation. Maintenant, tout se négocie dans l’intimité, et je me garderai bien de donner des recommandations universelles, surtout dans ce type de situation où c’est l’intimité et la personnalité de chacun qui interviennent et son sentiment, à la fois vis-à-vis de l’autre, et à la fois du respect qu’il a de lui–même.

On fait le pari que l’information augmente la liberté de chacun et l’exercice de la liberté de chacun dans une relation qui peut être assez compliquée, différente, en fonction même des situations ! Quand vous avez une situation initiale ou une relation occasionnelle, les éléments du dialogue qui s’instaure sont sans doute extrêmement différents que quand vous êtes dans une relation stable et où vous avez des projets. C’est ça qui a mon vis est important. On souhaite donner l’information la plus complète possible en n’excluant rien, en essayant de ne pas la réduire, et en offrant aux individus la possibilité d’exercer leur liberté au mieux.

papamamanbebe.net : Un couple sérodifférent avec une charge virale indétectable depuis 5 ans, fidèle au préservatif depuis 10 ans, veut faire un enfant. La femme a déjà 35 ans donc ils décident d’avoir un rapport une fois par mois sans préservatif comme le décrit le rapport Yéni, mais leur médecin refuse de les conseiller et les renvoit vers l’AMP. Quel regard portez-vous sur le comportement de certains infectiologues ?

Vous savez, moi je suis très modeste, et j’ai plutôt envie d’écouter ce que les gens ont à dire. Notre devoir en tant que médecins, c’est de donner l’information la plus complète possible, et puis c’est aux gens d’exercer leur liberté. Les médecins n’ont pas tout pouvoir, les médecins ont juste le devoir d’informer et de conseiller. Moi j’évite. On peut leur donner la possibilité de choisir.

papamamanbebe.net : Là, il y a l’enjeu de la fertilité de la femme qui décline rapidement à partir de 35 ans, donc avec les délais d’attentes en AMP…

Dans la majorité des cas, la réalité c’est quand même ça : les gens écoutent ce qu’on a à dire, et puis ils font ce qu’ils veulent. Moi j’ai eu plus de patients, de couples, qui ont recouru à des méthodes naturelles de contraception. Ils n’ont pas attendu que je leur dise de faire ça ou ça. Depuis très longtemps, j’évite de dire ce qu’il faut faire. Je donne l’information pour que les gens choisissent entre différentes possibilités.

papamamanbebe.net : Un couple qui fait ce choix là, doit-on le juger ou le condamner ?

Quelle horreur ! Il n’en est pas question, bien entendu !

papamamanbebe.net : Donc quel regard portez-vous sur les infectiologues qui jugent et qui disent, « ne faites pas ça » ?

Je ne sais pas si certains le font. Si vous avez des témoignages, c’est qu’il faut se poser la question. Je pense que le rôle d’un médecin, c’est d’informer. Ceux qui font autrement, c’est leur responsabilité, mais je ne pense pas qu’ils soient dans leur rôle. Leur rôle, c’est de donner l’information la plus complète possible, et éventuellement de dire : telle pratique vaut zéro risque, celle-là peut représenter des risques… Après, les gens savent très bien se déterminer.

papamamanbebe.net : Y a t-il plus ou moins de risque de se protéger par les médicaments par rapport au préservatif ?

Dans aucune circonstance, le risque est de zéro. La seule possibilité d’avoir un risque zéro, c’est l’abstinence. Beaucoup de gens pensent que l’usage du préservatif est un risque zéro : c’est faux. Mais les gens n’ont pas envie d’entendre ça non plus. Ce que je constate, c’est que généralement c’est le partenaire séronégatif qui demande un relâchement du port du préservatif. C’est souvent la personne contaminée qui ne peut pas assumer le risque de transmettre, et ça les bloque énormément. C’est ça la situation la plus courante. Même si on leur dit que le risque est de 1 sur 1 million, j’ai beaucoup de patients qui me disent : et bien ce risque, je ne le prendrai pas. C’est à deux que l’on prend cette décision, le rôle du médecin est marginal.

Entretien par Reda Sadki avec Marjorie Bidault et Hélène Ducatez


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