Charge virale indétectable | Contamination et prévention | Sexe et sexualité | Traitement et prévention du VIH : l’heure de la révolution a sonné ! | Willy Rozenbaum
Pas contaminant ou peu contaminant selon l’avis suisse ? Un détail qui change la donne
20 mai 2009 (papamamanbebe.net)
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Quand on est séropositif, la vie de famille et la vie sexuelle avec son partenaire sont deux des principales préoccupations. Si une partie d’entre eux avaient déjà abandonné le préservatif il y a des années, l’annonce de l’avis suisse ne fait que conforter l’idée qu’ils se pensaient non-contaminant. Ce n’est donc pas en toute connaissance de causes qu’ils avaient déjà décidé de ne plus se protéger. Mais désormais, ceux qui disent non au préservatif, faut-il les condamner ? Eléments de réponse..
Reda : On parle aujourd’hui de ce fameux avis suisse qui ne concerne pas seulement les séropositifs mais ceux qui les aiment, et qui concerne en fait tout le monde. De quoi s’agit-il ? Il s’agit de médecins spécialistes du VIH, loin d’être des marginaux mais qui sont au coeur de la recherche clinique, notamment sur toutes les questions qui concernent directement l’avenir de l’épidémie. Bernard Hirschel, Pietro Vernazza, certains seront à Paris le 23 mai pour la 4ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH, organisée par le Comité des familles.
Pour plus d’informations sur cette rencontre, rendez-vous sur le site www.papamamanbebe.net. On a entendu plein d’avis différents, y compris celui de Willy Rozenbaum, président du Conseil National du Sida (CNS) et de Laurent Gourarier, psychiatre spécialiste de questions qui nous intéressent. On va maintenant écouter les points de vue des premiers concernés ; dont un monsieur connu au sein du Comité des familles, qui va donné son point de vue sur ce que cet Avis suisse change pour lui, à savoir que le traitement permet non seulement de sauver des vies mais également d’empêcher la transmission du virus.
« Disons que j’ai découvert ma séropositivité dans les années 2000-2001. Comment je l’ai découvert vraiment ? A tout hasard : je passais dans un CDAG (NDLR : Centre de Dépistage Anonyme et Gratuit) où j’avais des amis qui étaient en train de faire de la sensibilisation, certains avaient peur de faire prendre leur sang, moi j’ai fait prendre mon sang, et 15 jours après, quand je suis venu prendre mes résultats, j’étais séropo.
Donc je ne sais pas depuis quand j’ai été contaminé, je pense que j’ai dû garder le virus dans mon corps, au minimum une dizaine d’années avant de découvrir ma séropositivité.
Quand j’ai découvert ma séropositivité, j’avais un taux de CD4 suffisamment élevé donc je ne prenais pas de traitement, mais tous les 3 mois je faisais mon bilan, j’étais surveillé par les médecins. Et au bout de 3 ans, j’ai développé un cancer en fait. J’ai développé un cancer du sang, un lymphome : c’est le cancer des globules blancs. C’est à cause du cancer que je suis venu en France, et j’y ai fait beaucoup de chimiothérapies, et pendant que j’étais sous chimiothérapie le taux de CD4 est tombé très bas, j’ai donc été mis sous traitement courant 2004.
Par rapport à l’avis suisse, disons que cet avis ne vient que confirmer des pratiques que nous avions en sourdine et qu’on avait peur de dire parce que j’ai des difficultés, personnellement, à porter le préservatif. Alors avec toutes mes amies, c’était clair : je suis séropo, mais je ne peux pas porter de préservatif. Ou bien elles acceptent et ça marche, ou bien elles n’acceptent pas et moi je continue ma route. Je pratiquais l’acte sexuel sans préservatif, j’en ai parlé à l’un ou l’autre médecin, et je me suis fait engueuler, du coup je n’en ai plus parlé. Maintenant que l’avis suisse arrive ça ne fait que confirmer les choses, et moi ça me conforte dans ma position, dans ma situation, et ça me rassure. Et maintenant on peut oser lever la tête. »
Reda : Lors de la conférence de presse donné par le CNS, on a pu, avec Marjorie et Hélène interroger Willy Rozenbaum notamment sur cette question : faut-il condamner les couples qui se protègent grâce aux médicaments ? On écoute et on en parle après avec Nicole en direct de Toulouse et toute l’équipe autour de la table.
Rozenbaum durant la conférence de presse du CNS : Faut-il condamner les personnes séronégatives qui décident de faire confiance à l’observance de leur partenaire séropositif pour se protéger ? Je pense que cette information sur l’intérêt du traitement doit conduire à une meilleure communication entre les personnes dans une relation sexuelle. Quand on entame une relation sexuelle, surtout lorsqu’elle est un peu stabilisée, je trouve que la confiance devrait faire partie de cette relation. Maintenant vous savez, tout se négocie dans l’intimité. Moi je me garderai bien de donner des recommandations universelles, surtout dans ce type de situation où c’est l’intimité et la personnalité de chacun qui intervient, et de son sentiment à la fois vis-à-vis de l’autre, et à la fois du respect qu’il a de lui-même.
On fait le pari que l’information augmente la liberté de chacun, et l’exercice de la liberté de chacun ; et dans une relation qui peut être assez compliquée, différente, en fonction même des situations. Quand vous avez une relation initiale ou une relation occasionnelle, les éléments du dialogue qui s’instaure sont sans doute extrêmement différents que lorsque vous êtes dans une relation stable, où vous avez des projets, ou d’autres choses. C’est cela qui est à mon avis important : on cherche à donner l’information la plus complète possible en n’excluant rien, en n’essayant de ne pas la réduire, et en offrant aux individus la possibilité d’exercer leur liberté au mieux.
Reda : J’aimerai demandé à Nicole à nouveau de réagir d’abord au premier témoignage de cet homme qui raconte ses galères, notamment de cancer, pour après parler de ses pratiques sans préservatif. Quel regard portez-vous sur ce témoignage ? Est-ce qu’on doit juger ou condamner cet homme ou d’autres personnes qui, pour des raisons de toutes sortes, n’ont pas attendu l’avis suisse pour se protéger avec les médicaments ?
Nicole : Ah non non je ne condamne absolument personne et je ne juge personne d’abord, je ne me permettrais jamais de juger qui que ce soit ! Et je trouve que, libre à lui de faire comme il l’entend, je n’ai pas d’avis à donner à ce sujet, à cet entretien. Par contre j’ai des questions à poser : j’aimerai bien savoir si toutes les personnes qui se disent indétectables sont sûres d’être indétectables, soit dans le sperme, soit dans les sécrétions vaginales. J’aimerais bien qu’on réponde à cette question.
Reda : Très bien, on va refaire un tour de table. Larissa, sur le témoignage et le discours de Willy Rozenbaum, président du CNS, doit-on ou faut-il condamner les couples qui ont abandonné le préservatif avant même que l’Avis suisse vienne un peu valider leur choix de se protéger avec les médicaments ? Est-ce qu’on peut poser la discussion en ces termes là ?
Larissa : Condamner un couple pour avoir laisser le préservatif, je pense que non. Les gens qui ont fait le choix de se protéger avec les médicaments avant l’avis suisse ne sont absolument pas à condamner en fait. De toutes les façons, même si il n’y avait pas l’avis suisse, même si ce sont des gens qui avaient décidé de laisser le préservatif comme ça c’est leur choix. Un choix c’est vraiment indépendant.
Reda : Il n’y a pas de médecins sous la couette on va dire ; ou sur la table de la cuisine.
Nicole : J’ai un témoignage d’une maman qui fait l’expérience de concevoir un enfant lors d’un rapport donc sans préservatif. Le résultat est que maintenant, sa gamine est une séropositive de 14 ans ; et ensuite elle a refait l’expérience : elle a un autre enfant qui est séronégatif. Comment on peut porter un jugement ? Il n’y a que le résultat qui compte ; est-ce qu’on peut être sûr à 100% de ne pas être contaminant dans la charge virale du sang ? Et est-ce qu’on est vraiment sûr que, en étant de charge virale indétectable, qu’on l’est réellement dans le sperme et dans les sécrétions vaginales ?
Tina : On a fait plusieurs émissions à ce sujet où on a vraiment beaucoup débattu ; c’est là que l’on peut voir une prudence du côté français : les suisses disent que, effectivement, même si il y a des traces, on va dire des particules de virus dans le sperme ou dans les sécrétions vaginales, selon les études et les cas observés, ces personnes ne sont toujours pas contaminantes. D’après les suisses, il y a eu suffisamment d’études faites sur le fait que, même si on trouve des particules de virus dans le sperme, ce qui est le cas chez 5% des personnes indétectables, ce n’est pas pour cela qu’elles seraient contaminantes.
Reda : En fait, Pietro Vernazza avait précisé que tout dépend de la technique que le virologue va utilisé pour aller mesurer et essayer de trouver du virus dans les sécrétions ; et en fonction de la technique, on en trouve ou on n’en trouve pas. Pour résumer avec un peu d’ironie, un virologue peut toujours te trouver du virus dans n’importe quelle partie du corps d’un séropositif en cherchant bien. cela ne veut pas dire pour autant que ce qu’il trouve peut aboutir à une transmission. Ce qui est étonnant par rapport à ce que disent les virologues français, c’est que sur toutes les études, à partir du moment où les gens avaient une charge virale indétectable de moins de 1700 copies, il n’y a jamais eu de contamination dans les couples sérodifférents étudiés. Alors que si 5% d’entre eux avaient des charges virales détectables dans le sperme en ce qui concerne les hommes, on aurait dû voir des contaminations, hors il n’y en a jamais eu dans les études cliniques menées jusqu’à présent. Cela semble aller dans le sens des suisses. est-ce que pour autant le virus qu’on trouve dans les sécrétions est contaminant ou pas ?
Tina : La première preuve dans ces cas-là, que le virus que l’on trouve dans le sperme ou les sécrétions vaginales n’est pas contaminant, c’est le fait que les médecins français acceptent bien que les femmes séropositives avec une charge virale indétectable accouchent pas voie basse. Donc ça veut bien dire que si les enfants, dans ces cas là naissent séronégatifs, c’est que les médecins ont compris que la femme séropositive n’est pas contaminante même au niveau des sécrétions vaginales.
Nicole : Je suis d’accord avec toi. C’est évident qu’une femme séropostive, entre guillemets, contamine moins qu’un homme. Ça c’est une évidence. Maintenant moi ce que je demanderais pour à la limite se rassurer, c’est que toute personne qui est séropositive à charge virale indétectable par précaution devrait se faire faire une recherche de charge virale des sécrétions vaginales, ne serait-ce que pour se rassurer et rassurer.
Reda : Alors là aussi j’ai participé au débat du chapitre procréation du rapport Yéni, le rapport d’experts qui donne les recommandations notamment en matière de procréation. Il y avait des gens dont Louis Bugan qui est à Toulouse, qui voulait que ce test soit accessible pour les couples où l’homme est séropositif, pour que l’homme puisse savoir si il y avait des particules de virus dans son sperme malgré une charge virale indétectable ; et c’est Christine Rozioux , virologue, qui a refusé que cette recommandation figure dans le rapport. Du coup, tout dépend du médecin à qui on a affaire, si le médecin arrive à se débrouiller pour faire en sorte que ce test soit fait. Et là aussi on voit que ça va à l’encontre de ce que dit Willy Rozenbaum, qui lui, plaide pour un droit à l’information, et implicitement à l’accès aux techniques dont les couples peuvent avoir besoin pour prendre des décisions comme ça.
