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Les vidéos : Un après-midi avec Leslie Princesse et DJ Kore de RaïN’B Fever à la Maison des familles vivant avec le VIH

24 juin 2009 (papamamanbebe.net)

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Leslie et DJ Kore ont passé l’après-midi du 16 juin 2009 à la Maison des familles, premier local ouvert par et pour les familles vivant avec le VIH. Arrivés au repas algéro-ivoirien qui les attendait — certes avec un retard digne du milieu du show-biz auquel ils insistent ne pas appartenir — la discussion s’est vite engagée autour de l’action menée par l’association et du projet commun qui doit réunir artistes et enfants de l’association...

papamamanbebe.net : J’aimerais savoir ce qui t’as donné envie de revenir aujourd’hui [au Comité des familles, où Leslie vient de passer l’après-midi avec les familles de l’association] ?

Leslie : Ce qui m’a vraiment donné envie de revenir, c’est justement toute l’énergie de cette petite équipe, la façon dont ils se battent au quotidien, avec presque rien, et cette espèce de motivation et de force qui me donne envie de me battre avec eux, pour en parler tout simplement, pour faire connaître le Comité des familles, et d’organiser encore des évènements comme on a pu faire avec Kore à Bercy.

Kore a fait 3 albums qui s’appelaient Rai&B. Le concert à Bercy c’était réunir en fait la trilogie, en invitant tous les artistes de ces trois opus pour un grand concert exceptionnel, puisque ça a été le seul à Paris. Et il a voulu profiter de ce moment pour soutenir une belle cause et faire beaucoup de bruit. C’est pour ça qu’il en a parlé a Reda, voilà, faire ça ensemble pour faire du bruit, et c’est ce qui s’est passé parce qu’aujourd’hui on en parle encore. 

papamamanbebe.net : L’association est différente des autres associations, elle ne ce centre pas sur la prévention mais elle accompagne les familles qui vivent avec le VIH. Toi tu ressent ça comment ?

Leslie : C’est vrai que c’est assez différent parce que du coup ils ont créé des formes d’ateliers au studio. Les enfants peuvent faire un peu de musique, un peu de chant, et sortir de ce contexte qui est très difficile. Et c’est vrai que c’est une autre approche que j’apprécie et qui marche plutôt bien parce que, quand il y a un atelier qui ne peut pas se faire parce que par exemple, il y a toujours des impondérables dans la musique, les enfants sont comme des fous : non non on veut aller à l’atelier !! Donc ils sont super contents et puis dès fois, il y a des artistes qui passent, c’est leur apporter un peu de rêve et quelque chose d’extraordinaire.

papamamanbebe.net : Ça a toujours été important pour toi de mettre ta notoriété au service de cause ?

Leslie : Oui ça a toujours été important. En tant qu’artiste je n’ai pas l’impression d’appartenir à la grande famille du showbiz, je dirais même que j’en ai rien à faire. Ce qui m’inspire ce sont les gens, la vraie vie, la rue quoi. On est dans un contexte où on se dit : être reconnu pour passer à la télé pour promouvoir un disque c’est bien, mais si on peut en même temps aider des personnes qui en ont vraiment besoin, et qui ont vraiment besoin de notre image pour se faire connaître à leur tour pour ce genre de cause, je dirais que c’est carrément primordial. On connaît toujours les grandes enseignes, on connaît pas le comité des familles mais on connaît le Sidaction. C’est vrai qu’ils ont un tel poids qu’ils ont tendance à effacer les autres. Et au comité des familles ils pensent à d’autres projets. Ils en discuté avec Kore tout à l’heure, ils veulent préparer un album écrit par les enfants. Cette démarche elle est bien, ça ne sait jamais vu. D’habitude ce sont les artistes qui écrivent et qui parlent de quelque chose qui les touchent, et pas forcément de quelque chose qui touche d’autres personnes . Donc c’est une bonne approche.

La chanteuse Leslie aborde le sujet de l’engagement associatif des artistes qui, souvent forcés par les exigences du marketing, relaient des messages sans prendre le temps de bien les comprendre.

Leslie : Je pense que, si tu veux, aujourd’hui il y a beaucoup d’associations qui sollicitent les artistes et qui sont aussi diverses les unes que les autres et qu’il y a donc beaucoup d’artistes qui passent des messages sans savoir vraiment de quoi ils parlent. Et je pense que, ce qui aujourd’hui est important, c’est que quand on veut être un haut-parleur, comme tu dis, il faut vraiment être avec les gens, savoir de quoi on parle, et ça, ça se fait sur la durée en fait. Et quand tu fais pas ça, tu peux pas bien parler d’un problème. Donc voilà, aujourd’hui tout est une question de temps, et malheureusement aujourd’hui on consomme les messages au même titre qu’on peut consommer de la musique ou des films, donc ça entre par une oreille et ça ressort par l’autre. En tous cas, moi tous les projets, sur Sidaction tout ça, auxquels j’ai participé, effectivement, le message est toujours le même "protégez-vous", "sortez couverts", c’est de la prévention ; donc c’est bien, on en parle, mais à côté de ça, je pense qu’il faut aussi montrer d’autres aspects et qu’il faut aussi surtout communiquer pour la jeune génération à travers des artistes qui seraient aussi plus jeunes, plus urbains, pour la banlieue aussi par exemple.

Lors de l’émission de radio Survivre au sida du 19 juin, Leslie a rappelé aux auditeurs comment elle avait connu le Comité des familles, et ce qu’elle a ressenti lors de sa première rencontre avec des personnes de l’association.

Reda : Leslie, on l’a rencontrée la première fois le 28 décembre 2008, elle était venue pour nous rencontrer, à la Maison de familles. C’était à l’occasion d’une conférence de presse sur le thème : la génération sacrifiée en banlieue, 20 ans après.

Leslie tu peux nous dire quels souvenirs tu as gardé de cette première rencontre avec le Comité des familles ?

Leslie : C’était très spécial. C’est Kore qui m’avait parlé pour la première fois du Comité des familles, lui il été venu plusieurs fois. Quand je suis arrivé j’étais impressionnée, très très bouleversée. Il y avait pas mal de personnes ce jour là, il y avait un reportage photo qui montrait les gens qui vous ont entouré, qui étaient partis ; et ça m’a fait comme un électrochoc. Je me suis dit ça peut nous arriver à tous, il faut pas croire que ça n’arrive qu’aux autres. Et ce jour là, je me suis dit que je reviendrai. Quand j’ai vu dans cette petite salle, l’énergie que mettait tout le monde, je me suis dit "c’est quand même magnifique", de ce dire qu’avec peu de moyens, on peut faire pleins de choses, on peux faire bouger les choses vraiment.

DJ Kore et Leslie abordent en toute franchise la question de la pression des directeurs de marketing qui souvent, forcent les artistes à s’engager dans des associations uniquement pour mieux vendre des disques.

Kore : Après, concernant les artistes, je vous le dit franchement, j’ai déjà entendu moi des directeurs de marketing en maison de disques dire que "tu vois, pour la sortie de ton album, on va te trouver une association. Ton premier single sortira au moment où l’association fera un communiqué, quand il y aura une conférence de presse ... Vas-y regarde-les vite fait "

Leslie : Ouais c’est vrai ... c’est vrai. 

Kore : Donc c’est la vérité, bon heureusement que c’est pas tout le temps comme ça mais ça existe, et voilà moi je pense que comme disait Leslie, il faut être là au quotidien et prendre un maximum de temps possible, même si bon, j’étais pas là deux mercredis de suite rire je vous le dis moi, y’a pas de souci.

Leslie : Mais pour rejoindre ce que tu disais à l’instant, il y a le fait aussi que les médias, la presse, aiment bien enjoliver les choses, tu vois, dire des choses là où ça fait mal, sur plein de thèmes différents, que ce soit la politique, ou peut importe, d’autres choses ... appuyer là où ça fait mal c’est jamais bon. Quand tu écris un texte par exemple et qu’on te dit "tu vas écrire un texte pour une association, ça concerne le VIH" on te dit "évite de dire des choses un peu tabous", on te dit "dis-le, mais sans le dire", alors qu’est-ce que tu dis finalement, ben la même chose que les autres, et qu’est-ce qui fait la différence ? Ben rien. Donc finalement on est noyés dans un tas de messages où on envoie que des choses positives, mais à côté de ça on n’a pas les autres aspects, c’est ça qui manque aujourd’hui.

Leslie fait part aux auditeurs de Survivre au sida, de son admiration pour les gens du comité, qui selon elle, devrait être au devant de la scène pour diffuser leur message.

Leslie : Bien sûr, c’est vrai que j’admire leur courage, j’admire leur force et c’est vrai qu’en tant qu’artiste on est au devant de la scène, mais ce sont vraiment des gens comme eux et comme vous qui devriez vraiment être aux premières loges et pouvoir avoir encore la chance de prendre la parole, davantage. Et d’ailleurs j’espère qu’avec le temps ce sera pas aux Quatre Mille et dans un petit local et que ce sera vraiment entendu haut et fort dans un endroit où vous aurez vraiment le droit à la parole, tout simplement.     

Sophia, une jeune fille du Comité des familles, raconte le projet de disque de DJ Kore avec les enfants du comité. Elle fait part de ses sentiments envers Leslie et DJ Kore, qui sont des personnes « très humbles ».

Sophia : Ce sont des gens très humbles, à chaque fois qu’on y va avec les enfants on s’y sent comme en famille, parce que là bas ils travaillent uniquement avec des membres de leur famille. C’est très agréable d’y aller à chaque fois et puis on en sort toujours très heureux et ça se voit dans toutes les vidéos qu’on fait avec les enfants.

Leslie et DJ Kore reviennent sur l’amputation du budget de la Journée mondiale contre le sida, acte qu’ils qualifient de « honteux » et « d’illogique », surtout lorsqu’on considère que cette somme ne représente rien par rapport aux budgets de communication des artistes.

Leslie : Quelle réaction ? Bien c’est tout simplement honteux. Comme disait Jean-François, c’est totalement illogique de "freiner cette course" pour reprendre ses paroles, parce qu’on sait très bien que plus les années passent plus il y a des malades et que c’est complètement stupide ... en même temps ça ne m’étonne pas.

Reda : Pourquoi ça t’étonne pas ?

DJ Kore : Ca leur passe au-dessus c’est tout, ça leur passe au-dessus ! Moi je voulais dire que je trouve qu’on a du mal à imaginer ce qu’on peut faire avec 200 000€ par rapport au fléau de cette maladie, tu vois 200 000€ c’est que dalle quoi dans le sens où je vois à peu près sur des budgets de communcation ce que ça représente à l’année, juste sur la préparation d’un album, tu vois ce que je veux dire, j’essaye de trouver des comparatifs, je me dis déjà 200 000€ ... alors 100 000 ! Tu vois c’est triste à dire mais si demain un membre de la famille de celui qui a décidé ça est touché, c’est pas 100 000€ qu’il emputera mais 500 000€ qu’il rajoutera au budget ,et c’est là tout le problème. C’est que je pense que les gens, quand ils ne sont pas touchés directement, ils ne se sentent pas concernés, clairement. 

Images : Siham Chater. Transcription : survivreausida.net.


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