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À propos du Comité des familles pour survivre au sida | Dépistage du VIH

La solitude est le pire des maux : témoignage sur mon dépistage du virus du sida

26 juin 2009 (papamamanbebe.net)

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8h, jeudi matin. En me levant, j’hésite. J’ai appelé le centre de dépistage, le CDAG de Grenoble, en début de semaine, ils n’avaient plus de rendez-vous. Entre 9h et 11h, je sais que c’est libre, sans rendez-vous. J’hésite encore. Un an et demi que je dois le faire ce test. Je suis déjà en retard, j’ai envie d’abandonner, de remettre ça à plus tard. Comme toujours, je me dis que je préfère vivre dans l’ignorance, et profiter de la vie avant de savoir que je suis peut être séropositive.

Ça suffit, cette fois je me décide, d’un coup. Je me lance.

Arrivée devant le centre, je n’hésite plus. J’ai envie de savoir, de me dire que je suis allée jusqu’au bout. J’entre.

Une femme me sourit derrière son bureau, je m’approche. Elle me demande mon prénom. Elle me dit de m’asseoir dans la salle d’attente. J’observe les personnes à côté de moi. Je m’attendais à y voir des drogués, des personnes bizarres. Les clichés ont la vie dure, alors même que je pensais n’en avoir aucun. Autour de moi, un couple discute en riant, deux hommes seuls lisent des magazines, une femme, la quarantaine environ, attend aussi. Il y a également un couple de personnes noires.

J’ai l’impression d’être la seule aussi stressée. La dame de l’accueil entre toutes les dix minutes dans la salle, annonce les prénoms, demande de la suivre, toujours avec un grand sourire. En fait, je me dis que c’est exactement comme une salle d’attente chez un médecin. Tout est propre, il y a des magazines, des affiches sur le préservatif. Un peu comme au planning familial. Trois quart d’heure après, c’est à moi. Je tremble.

Une autre dame m’ouvre, elle me semble très douce. Elle me fait asseoir à son bureau. Un bureau qui ressemble à tous les cabinets de médecins de France. J’ignorais qu’il y avait un entretien préalable, je pensais que c’était uniquement une prise de sang. Elle me demande pourquoi je suis ici :

J’ai eu des relations sexuelles non protégées avec un mec un peu louche, en sortant de boîte. Moi qui ne vais jamais en boîte, qui ne couche pas avec des inconnus à l’air tordu, je me suis rendue compte qu’il ne fallait pas se croire au-dessus de tout ça. Un jour, ça arrive, comme ça.

La dame me pose plusieurs questions.

— Votre relation non protégée est-elle supérieure à trois mois : Oui, un an et demi
— Est-ce que vous prenez des drogues en intraveineuses : Non
— Est-ce que vous avez eu d’autres relations non protégées après celle-ci : Non
— Êtes-vous vaccinée contre l’hépatite B : Non

Aucune leçon de morale. Pourtant, j’étais sure qu’on me dirait quelque chose, j’attendais des reproches. Rien.

Elle prépare une fiche où elle note ces informations. Pas de nom, je suis devenue un numéro. Anonyme et gratuit, comme promis.

Je lui dis que j’ai un souci en ce qui concerne les résultats. Je pars deux jours plus tard à Paris.

— Ah ! Ne vous inquiétez-pas.

Elle cherche longuement un autre centre qui pourrait être dans mon quartier à paris. Elle les appelle, leur explique la situation. Aucun souci, vous irez chercher vos résultats dans le centre du Moulin Joly, dans le 11ème arrondissement.

Je trouve cela tellement simple, ça me soulage un peu.

On passe aux examens. La prise de sang, je discute avec la dame, je lui demande quelle est sa fonction. Infirmière. Je lui demande si son travail lui plaît. Une étincelle dans ses yeux, elle n’aurait même pas besoin de me répondre oui. Elle m’explique aussi que les infirmières sont chargées de faire les premiers entretiens et les tests, et ce sont les médecins qui rendent les résultats. Un vrai travail d’équipe, une complémentarité nécessaire et une grande confiance mutuelle.

L’infirmière souhaite également me faire le test des chlamydiae, une autre maladie sexuellement transmissible. Je dois uriner dans un petit pot. J’y vais puis je reviens dans son bureau. Je n’ai pas très envie de partir, envie de discuter encore avec cette femme formidable. Mais d’autres personnes attendent. J’essaie de lui expliquer pourquoi j’ai attendu si longtemps avant de faire ce test. Elle me coupe, me dit simplement que c’est naturel d’attendre le moment où, inconsciemment, on est prêt à franchir le pas. Elle comprend parfaitement, met des mots sur ce que je n’arrivais pas à me dire. Je sais que je travaille à Survivre au sida dans quelques jours, je sais aussi que tout ça est lié.

L’infirmière me dit que je suis courageuse, et ça me fait du bien. Elle me dit pour finir de ne jamais hésiter à appeler un CDAG, pour n’importe quelle raison. Quelqu’un sera toujours disponible pour me répondre.

Je sors, je me sens bien. Je suis bizarrement heureuse, plus humble aussi. Je décide d’oublier ce qui s’est passé, pour quelques jours. Je ne veux pas penser aux résultats tout de suite.

Paris, 11ème arrondissement. Un quartier populaire, une rue un peu glauque. Ça fait une semaine que j’ai fait le test maintenant. J’entre dans le centre, m’approche de la secrétaire. Elle m’explique que je ne suis pas ici dans un CDAG, mais dans un centre de dépistage, anciennement CDAG. La secrétaire s’excuse en me demandant si je peux éventuellement lui fournir mon nom et ma date de naissance. Je m’exécute, je suis tellement stressée que je n’en ai rien à faire de toute façon. Cet endroit est assez bizarre, je ne m’y sens pas très bien. Pourtant les gens sont sympa, me proposent un café, mais j’ai l’impression de ne pas être à ma place.

En fait, la secrétaire m’a expliqué que ce centre de dépistage ne fonctionnait pas de manière anonyme et gratuite, sauf pour un certain type de population. Des prostituées de Belleville, pour lesquelles un interprète chinois vient deux fois par semaine. Un homme attend dans la salle, un peu junkie. Le médecin l’appelle, je ne la trouve pas très souriante, voire un peu froide. Autour de moi il y a de l’animation, deux hommes tentent de sortir une machine à coudre et rient beaucoup. Ils essaient de me faire participer à leur histoire, j’ai le coeur serré, le ventre noué, je n’arrive même plus à sourire.

Depuis hier, je suis persuadée d’être séropositive. Sûre, certaine. La seule chose qui me fait tenir, c’est d’avoir compris, grâce au Comité des familles, qu’être séropositive n’était pas synonyme d’être mort. Des personnes fabuleuses m’ont donné une grande leçon de vie. Je reçois des messages de soutien. Je sais que si le résultat est positif, j’aurais des tas de gens qui m’attendent au Comité. Je ne serais pas seule, ils me soutiendront. C’est tout ce à quoi je peux penser pour le moment.

Le patient précédent sort. Le médecin me fait signe de la suivre, toujours sans sourire. Elle me dit de m’asseoir. C’est fou comme tout paraît être un signe dans ce moment-là, je trouve qu’elle a le regard condescendant. En fait, elle prend l’enveloppe qui contient mes résultats, et l’ouvre devant moi. Alors jusqu’à présent, elle ne sait rien !

Je vais m’évanouir, je ne ressens plus rien. Le médecin lit sa feuille, et au bout d’une seconde, qui parait durer 10 ans, me dit sans me regarder :

— Eh bah c’est bon, tout est négatif.

lle ne me regarde toujours pas, lit le détail :
- VIH : négatif
- Hépatite : négatif
- Chlamidiae : négatif

Elle ne sait pas rendu compte que j’avais fondu en larme, trop de pression, la redescente brutale. Je ne veux pas y croire, j’ai l’impression que tout ça n’est pas fini.

Elle me regarde, très étonnée :

— Vous pensiez vraiment être positive ?

Je n’arrive pas à parler, mais je me dis qu’elle ne comprend pas grand chose. Si je suis là, toute seule, à chercher mes résultats à Paris alors que je viens de Grenoble, c’est bien que je pensais avoir pris de gros risques !

Je la remercie, prends congé et sors toujours sous le choc.

Je passe mes coup de fils, rassure les quelques personnes qui étaient au courant. Pourtant, le soulagement n’est pas total. Une pensée pour ceux qui n’auront pas cette chance. Mais surtout, j’ai peur que toutes ces personnes se retrouvent infiniment seules. Moi je savais où m’adresser, à qui parler en cas de résultat positif. D’autres ne le savent pas.

Je viens de me rendre compte que la solitude est le pire des maux.

Propos recueillis par Camille Dubruelh  

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