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La moitié du ciel : Quel soutien apporter aux hommes qui apprennent leur séropositivité (avec Christine Katlama et Guillaume Le Loup) ?
23 septembre 2009 (papamamanbebe.net)
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Reda : Christine Katlama vient de revenir en studio, une question pour vous, sachant que vous êtes très impliquée contre le VIH et très impliquée auprès des patients. On a quand même vu et beaucoup parlé de la mobilisation, de la vulnérabilité des femmes dans l’épidémie mais aussi de leur mobilisation. Peut-on parler de ça sans parler de l’autre moitié ? C’est-à-dire du rôle des hommes et quel est votre regard sur les hommes du Comité des familles qui ont décidé de se mobiliser en soutien des hommes qui viennent d’apprendre leur diagnostic.
Christine Katlama : Je ne peux trouver cela que formidable parce que effectivement, hommes et femmes c’est pareil. Dans une transmission sexuelle c’est pareil. Je pense que les femmes ne sont pas des victimes, j’entendais ce qui était dit. C’est ensemble que l’on doit affronter les choses. Il y aurait beaucoup moins de catastrophes si les gens pouvaient se parler. Donc il faut que les esprits évoluent. On est à 28 ans de l’épidémie et les esprits ont peu évolué. Je pense en Afrique où je vais régulièrement et je trouve que c’est tout à fait navrant. Dieu sait si on a mis les moyens. Je pense que les populations, les religions, les habitudes sociales sont catastrophiques. Voilà, de temps en temps je suis un peu désespérée mais voilà, donc les hommes, les femmes bien entendu, tout sujet ayant une vie sexuelle devraient se faire dépister.
Reda : Dans ce contexte, hétérosexuel, en France, l’un et l’autre, dans votre service, lorsque vous annoncez une séropositivité à un homme hétéro. Est-ce que vous pensez qu’il serait utile d’avoir des hommes qui seraient déjà passés par là, qui lui ressemble, ou un homme qui serait prêt à répondre à ses questions, le rencontrer, passer un peu de temps avec lui, lui apporter du soutien et de l’accompagnement ? Est-ce que ça, c’est un besoin que vous avez déjà identifié ?
Christine Katlama : Je ne suis pas convaincue, mais peut-être qu’on n’annonce pas assez. Je vais vous dire les gens quand ils font un test en général, moi je suis plutôt frappée, ils sont finalement très peu surpris du résultat, parce qu’on ne fait pas des tests comme ça dans la population en général. Les choses ont peut-être changé parce que dans six hôpitaux, pendant un an, il y a des dépistages aux urgences proposés, s’auto dépister. Alors c’est bien le soutien mais tout ce qui contribue à faire du VIH quelque chose de complètement exceptionnel finalement en 25 ans je me demande si c’est la bonne réponse. Donc avoir encore des gens etc. Quand vous faites votre métier normalement, voilà il y a l’annonce, les gens savent que les choses ont changé. Je trouve que c’est plus important d’être accompagné après, dans le traitement et d’expliquer finalement, le bénéfice de tout ça, le fait qu’on va être plus à l’aise dans sa vie, que de faire tout un tas de dramatisation finalement autour de l’annonce. Voilà, c’est mon point de vue.
Reda : Nous, les personnes qui arrivent au Comité disent justement que l’annonce, malgré le progrès de la médecine, presque tout le monde dit qu’ils étaient convaincus que leur vie était foutue en 2008-2009, des personnes qui ont appris leur diagnostic récemment et du coup c’est en rencontrant d’autres personnes comme eux qu’ils ont justement réussi à dédramatiser la maladie. Guillaume Le Loup est-ce qu’à l’hôpital Tenon vos patients expriment ces besoins de soutien au moment de l’annonce ou peut-être après dans un deuxième temps, après avoir encaissé le choc.
Guillaume Le Loup : Oui enfin ils expriment surtout un désarroi au moment de l’annonce. Donc après ça il faut essayer de répondre le mieux possible à ce désarroi. Je pense qu’effectivement il y a plusieurs attitudes pour y répondre. Ce qui est certain c’est que aujourd’hui on peut dire raisonnablement que... On s’engage dans une maladie chronique pour lequel il y a des réponses, des réponses thérapeutiques, qui sont efficaces, qui ont transformé la vie des malades et la perspective de la maladie. Ca c’est un des messages que l’on doit avoir vis-à-vis des gens qui découvrent leur maladie, leur désarroi aujourd’hui ce qui n’était pas le cas il y a 25 ans, il y a des réponses qui sont efficaces pour en faire une maladie chronique avec des perspectives de vie tout à fait satisfaisantes.
Reda : Depuis deux ans Hadja et Tina participent à ce projet des grandes sœurs, des femmes qui sont passées par là et qui apportent leur soutien et aux femmes qui apprennent le diagnostic de séropositivité en cours de grossesse. L’une et l’autre, lorsque les mamans se rencontrent est-ce que ça contribue à dramatiser, à en faire tout un pataquès autour du VIH qui finalement, en tout cas du point de vue des médecins semble gérable. Comment est-ce que vous voyez votre intervention de ce point de vue-là ?
Tina : Mais là il s’agit en plus d’une situation vraiment d’urgence parce que nous, on intervient auprès des femmes enceintes qui viennent d’apprendre leur sérologie en cours de grossesse donc d’ici peu de temps elles vont commencer un traitement, c’est important qu’elles le prennent bien pour pas que l’enfant soit contaminé et c’est vraiment une femme enceinte déjà fragile, elle a déjà des interrogations et en plus le VIH tout de suite elle pense qu’elle va mourir, son enfant séropositif va mourir aussi, c’est la catastrophe.
Reda : Et après avoir rencontré les Grandes sœurs, qu’est-ce que ça change, qu’elle est l’impact ?
Tina : Nous, on voudrait vraiment les ramener vers la vie et l’espoir. Donc elles rencontrent des mamans qui sont en bonne santé...
Reda : Et le résultat ?
Tina : Le résultat c’est que peu de temps après elles disent ah finalement, je suis contente d’avoir gardé le bébé, j’avais pensé avorter.
Reda : On parle en 2009 pas en 1989, faut bien le souligner.
Tina : Oui c’est ce qui se passe actuellement et vraiment elles retrouvent la joie de la grossesse, elles retrouvent ça assez rapidement mais seulement grâce à d’autres mamans parce que tout seul on met 5 ans, 10 ans, à comprendre et à sortir de cette honte.
Reda : Et du coup on s’est dit, en tant que papa et futurs papa on a aussi notre rôle à jouer. Christine Katlama une autre...
Christine Katlama : Pour ajouter bien sûr que... on parlait du désarroi.. Ce qui n’a pas évolué c’est la honte qui est attachée au VIH
Reda : C’est ça qui est terrible.
Christine Katlama : Parce qu’on voyait... On connaît, on voyait dans tous les pays et sous toutes les latitudes donc on voit bien que les gens qui sont contaminés en tout cas récemment ont des difficultés... « pourtant j’aurai dû » , voilà et le désarroi « comment l’ai-je attrapé ? » . Globalement, il y a toujours autour du VIH l’idée que vraiment... « Bah voilà j’ai eu des pratiques spéciales », on doit expliquer en particulier à des femmes qui disent « Bah j’ai mon mari ». Je le dis toujours, être fidèle à quelqu’un de séropositif, un jour ou l’autre vous allez être séropositif. Donc c’est presque plus que ça, il y a le long chemin évidemment, je ne veux pas minimiser l’annonce, que ce soit chez tout autre être vivant, avec une sexualité qui va quand même être en berne pendant un certain temps comme si c’était...enfin voilà. Donc il faut effectivement redonner de la confiance. Moi ce qui me frappe c’est « comment je l’ai attrapé, comment, qui sait, etc, comment je me suis, et pourtant je n’ai pas si, je n’ai pas fait ça » et puis laisser passer ces quelques mois et expliquer après le concret dans la gestion, finalement de la séropositivité qui a énormément évolué, c’est ça que je voulais dire, c’est que la séropositivité, la gestion a beaucoup évolué. On parlait des femmes, des couples qui vont faire des enfants, la vie !
Tina : C’est au niveau des médecins, de la science que ça a évolué mais pas au niveau de la mentalité du grand public. Une personne qui apprend ça, je pense qu’elle va...
Reda : Ça, ça reste une constante d’où l’intérêt du soutien et de l’accompagnement.
Tina : Les gens ils mettent des années à sortir de ce trou noir et c’est vrai que là pour aider ces personnes qui... on voit vraiment que... ça change tout quand on rencontre d’autres personnes et qu’elles voient que ces personnes-là ont le VIH depuis 10 ans, 15 ans et qu’elles voient qu’elles vont bien.
Christine Katlama:Tout à fait d’accord.
Reda : Un dernier commentaire, l’idée ce n’était pas forcément d’en débattre aujourd’hui mais tant mieux, un dernier commentaire d’Hadjara et éventuellement Sandra s’il y a des réactions sur le blog.
Sandra : Plus sur la grippe A.
Reda : Sur la grippe donc on va y venir, on garde ces commentaires-là, on écoute le commentaire de Hadja puis ensuite tenez-vous bien parce que ça s’appelle pandemic assault.
Hadja : Donc moi je dirais quand j’ai appris ma séropositivité, c’est vrai qu’il y a ce que le médecin me dit, mais quand j’ai eu plus confiance en moi c’est quand j’ai rencontré d’autres personnes concernées, c’est là que j’ai vraiment compris que je pouvais vivre avec cette maladie et aujourd’hui cette espérance me sert envers d’autres personnes qui disent depuis que je t’ai rencontré, tu m’as expliqué ton expérience, tu m’as dit beaucoup de choses, ça fait que j’ai repris confiance en moi, je peux vivre aussi avec la maladie comme toi aussi. Alors je dis c’est vrai en voyant d’autres personnes ça fait plus de bien des fois que quand on reste avec les médecins.
Reda : Alors vos réactions sur le site survivreausida.net
Transcription : Sandra Jean-Pierre
