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Tania explique quand et comment elle a parlé sexe et prévention avec son fils, né avec le VIH
23 novembre 2009 (papamamanbebe.net)
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Reda : Tania est aussi maman, et forcément, beaucoup de séropositifs sont parents ou souhaitent le devenir. Voir son enfant grandir et arriver à l’âge de l’adolescence, la question du sexe devient de plus en plus importante. Et du coup, je l’ai aussi interrogée là-dessus.
extrait
Reda : Toi qui as un enfant de 19 ans, comment tu as réussi à parler avec lui de sexe, de prévention, de tout ça… À quel âge et comment tu t’y es prise ?
Tanna : J’en ai toujours un petit peu parler, bon pas trop petit quand même mais à partir de 13/14 ans, les enfants se ferment aux parents. On a que des miettes de leur histoire. Donc, si on peut aider les autres, et que d’autres personnes aident nos propres enfants… (rires) Que tout le monde se souvienne comment nous, on était avec notre propre sexualité et nos propres parents ! Voilà, ça clôt le sujet.
Reda : En tant que maman, qu’est-ce que tu faisais ? Est-ce que tu lui mettais des capotes dans ses affaires ?
Tania : J’ai décoré la maison avec toutes les affiches superjolies que j’ai trouvée chez AIDES. Les Jasmines, les peaux d’ânes, les capotes étaient accessibles, pas planquées. À partir d’un certain âge, j’en mettais dans sa chambre. À chaque fois que j’allais à l’hôpital, je ramenais des brochures, un paquet, et pas que pour mon fils, pour ses copains aussi. Le moindre sujet, je sautais dessus pour faire deux secondes de prévention. La moindre perche, quoi…
Reda : Les copains de ton fils par exemple, est-ce qu’il y a des messages que tu as réussi à leur faire passer ?
Tania : Je pense, oui. Je pense aussi qu’ils ont eu un accès aux préservatifs sans passer par la pharmacie et qu’ils ont pu se servir dans ma boîte "privée" (rires) sans avoir peur du vol ou quoi que ce soit. C’était en libre accès.
Reda : Et donc, l’idée de te retrouver comme ça, face à quinze, vingt, trente lycées qui vont te poser des questions, te regarder de travers peut-être parce que c’est la première fois pour certains d’entre eux qu’ils vont voir une personne qui vit avec le VIH, ça ne te fait pas peur, ça ?
Tania : Non. Sincèrement, non. Je vis avec le VIH, oui, mais je suis normale. Je n’ai pas un point rouge qui clignote sur le front… Non, ça ne me fait pas peur, ça fait vingt ans que je suis contaminée donc j’ai appris à vivre avec, déjà, et maintenant je peux vivre avec mais devant les autres. Je me sens assez costaud.
Reda : Est-ce que paradoxalement, tu penses que pour des lycéens qui voient une femme qui est mère, qui va bien, qui fait plein de projets, qui a une vie bien remplie, ils vont penser que finalement le VIH, ce n’est pas si grave que ça ?
Tania : Non, c’est sûr, ce n’est pas si grave que ça ! Je ne suis pas morte mais j’ai ma quadri-thérapie ! Mais ils verront bien ! Le corps se transforme, il faut vivre avec le virus, avec les dégâts qu’il fait sur le corps, sur le système nerveux parce que je suis beaucoup plus nerveuse qu’il y a quelques années. Et puis, il faut aussi vivre avec les effets secondaires des médicaments, il faut vivre avec ses prises de sang, il faut vivre avec son pharmacien, son médecin, son généraliste, avec son kiné, la naturopathe pour essayer de manger le moins de chimie possible, d’évacuer le plus… C’est assez compliqué quand même… C’est compliqué.
Reda : Justement parce que c’est compliqué, tu pourrais très bien te dire : ma vie est déjà assez compliquée comme ça… Pourquoi prendre sur son temps et avoir cette volonté d’aller parler aux jeunes ? Tu pourrais très bien te dire que tu as déjà ta galère à gérer…
Tania : D’une part, je l’ai attrapé quand j’avais quasiment l’âge du lycée. J’avais vingt ans. D’autre part, j’ai accompagné mon fils jusqu’à maintenant 19 ans à traverser la période de l’adolescence, des premières sexualités, des premiers rapports sexuels et ce n’est pas facile. Et puis, il y a l’intégration aussi d’un gamin, d’un jeune parmi d’autres qui ne savent pas trop ce que c’est le sida, comment ça s’attrape, de quoi on doit avoir peur, de quoi on n’a pas de raison d’avoir peur… Il y a tellement de choses à transmettre aux jeunes ! C’est vraiment l’âge où on finit sa construction et donc on prend les bonnes habitudes, les bons réflexes et les bonnes idées. Et puis tout ce qui est du "parasitage" derrière, il ne faut pas croire tout ce que l’on dit. Je pense que rapporter des témoignages, c’est rapporter la vérité des "tripes".
Reda : Didier Ménard, vous êtes médecin généraliste aux Franc-Moisins mais ce qu’on ne sait pas, c’est si vous êtes papa.
Didier Ménard : Oui, je suis papa et grand-papa.
Reda : Quand on est professionnel de la santé et que l’on connaît toutes ces questions de prévention, que l’on parle avec ses patients de contraception, de sexualité, en quoi c’est différent avec ses propres enfants de parler de ça ?
Didier Ménard : C’est beaucoup plus difficile avec ses propres enfants, parce que l’émotionnel vient un peu perturber le message. On essaie quand même de faire passer l’essentiel et surtout, d’être disponible pour répondre aux questions, aux interrogations. J’ai le souvenir, mais je suis un peu vieux maintenant, qu’au moment de l’épidémie, les enfants me voyaient arriver à la maison assez catastrophé car c’est un souvenir terrible que j’ai dans ma pratique professionnelle d’avoir connu l’effroyable épidémie au début des années 80. Dans les cités, nous avons été confrontés rapidement à une contamination massive autour du problème de l’usage de drogue. Et j’étais assez perturbé pour que les enfants sentent qu’il y avait là un vrai problème. Ils m’ont questionné et on a beaucoup parlé de ces questions-là. Et puis, ils étaient aussi à l’époque au moment où tout se discutait ; ils me questionnaient souvent par rapport à ce qu’on leur disait à l’école, par rapport à tout ce qu’il y avait comme fantasmes et autres stupidités qu’on a pu entendre à l’époque. Et mon critère, c’était de pouvoir remettre les choses en l’ordre pour pouvoir redire aux copains et aux copines : non, non, ce n’est pas comme ça, ça ne s’attrape pas comme ça… Du tout, on a parlé de leur sexualité autour du sida et pas assez autour de ce que c’est que la sexualité parce que c’était la génération où ils ont découvert leur sexualité au moment où il y avait le grand début de l’épidémie.
Reda : Nous, on parle de "génération sacrifiée". Je me tourne vers Ali parce que je sais que toi, tu es papa ! Tu as eu l’occasion de parler avec ton fils de sexe, tout simplement ?
Ali : Justement, je rejoins ce que disait le docteur, et en parti Tania tout à l’heure. Elle a eu probablement plus de facilités, elle, vivant avec son fils alors que moi, j’étais séparé de la mère de mon fils…
Reda : Ce n’est pas simple parce que son fils a le VIH !
Ali : Moi, j’ai eu la chance que la mère de l’enfant n’ait pas été contaminée durant les huit ans que l’on a passés ensemble. Mon fils ne l’a pas été non plus. Et moi, en 1983, quand j’ai appris que j’ai co-infecté VIH/VHC, je me voyais mourir dans les années qui suivaient donc j’avais un comportement quasiment nihiliste. La mort, pour moi, ça n’avait pas d’importance. Et comme disait le docteur, dans les cités, c’était plus facile de le dire aux jeunes qui ne faisaient pas parti de ma famille, parce que j’ai aussi des nièces et des neveux. C’était plus facile de parler, de faire même de la prévention envers des personnes qui n’étaient pas de ma famille que de parler directement, comment dirais-je, avec des membres de ma famille. Mais ensuite, au fil des années, comme l’a si bien dit Tania, j’ai su adapter mon vocabulaire et leur faire comprendre, à mes neveux, mes nièces et mon fils, que c’était une maladie certes mortelle mais avec laquelle on pouvait vivre. Même si les premières années, il y a eu une hécatombe parce que les traitements étaient ce qu’ils étaient et maintenant, je suis quand même satisfait de voir que, quand je parle avec eux, ils ne me rejettent pas. Même les jeunes de ma cité qui savent pertinemment que j’ai le VIH, de ce côté-là, je ne subis pas de discriminations, de stigmatisation.
Reda : Ton fils, il a quel âge, maintenant ?
Ali : Il a eu 18 ans au mois de juillet, le 5 juillet.
Reda : Quand il est né, tu pensais que tu le verrai…
Ali : Ah, je ne pensais même pas l’entendre dire "papa". Je ne pensais même pas que quand il commencerait à parler, il me dirait "papa". Et 18 ans après, quand je suis obligé de lever la tête pour lui parler (rires), ça fait tout drôle… Et mes neveux et ma nièce, pareil !
Reda : Donc, tout ça, c’est le projet Madeleine : un programme de soutien aux personnes séropositives, aux personnes qui le souhaitent pour aller dans les écoles, dans les lycées, parler avec les jeunes, leur expliquer à quoi ressemble la vie avec le VIH. Ali et d’autres personnes du Comité des Familles participent à ce projet.
