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Musique : Désiré Sankara, prêt à mettre la musique traditionnelle burkinabé au service des familles vivant avec le VIH

3 décembre 2009 (papamamanbebe.net)

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Notre Ministre de la Culture, Monsieur Ousmane Zaré, nous fait découvrir Désiré Sankara, un artiste musicien burkinabé. Sa première guitare, il la fabrique avec un câble de vélo car déjà, il a en tête de découvrir et fabriquer sa propre musique avec ce qui l’entoure. Ses voyages à travers l’Afrique bonifieront son apprentissage et son art musical. Héritier de la révolution Thomas Sankara, il revendique une appartenance culturelle comme condition nécessaire de la liberté et de dignité. Il est venu apporter non pas un rayon de vélo mais un rayon de soleil au Comité des Familles. Parce que Survivre au sida, c’est aussi le combat pour la liberté et la dignité !

Ousmane Zaré : C’est la rubrique culturelle de l’ émission avec Désiré Sankara ! Désiré, dis-nous ce que c’est que les rythmes traditionnels du Burkina Faso.

Désiré Sankara : Ce sont des rythmes qui sont inspirés des rythmes du "terroir" que je modernise. C’est ça les rythmes traditionnels !

Ousmane Zaré : À quand remonte la première fois que tu as touché une guitare ?

Désiré Sankara : Je pense que ça date de 1987. Quand j’étais en 6e, je m’ étais essayé sur une vraie guitare. Mais avant, j’ avais fabriqué à l’ époque une guitare de fortune avec un câble de vélo, guitare qui ne marchait pas très bien d’ ailleurs...

Ousmane Zaré : Et maintenant, parle-nous de ta première expérience du port du préservatif, si toutefois tu en as déjà utilisé !

Désiré Sankara : Oh, bien sûr je l’ ai déjà utilisé, justement ! C’ était très très bizarre... En réalité, c’ était un copain qui m’ en avait parlé et j’ ai essayé mais c’était très bizarre. Je pense que psychologiquement, je ne me suis pas senti bien.

Ousmane Zaré : Tu as recommencé plus tard et tu t’ es senti mieux ?

Désiré Sankara : Oui. J ’ai entendu parler du sida, des MST et IST. Du coup, je me suis mis quand même à porter des préservatifs.

Ousmane Zaré : Et tu t’ es déjà fait dépister ?

Désiré Sankara : Je me suis fait dépister au total quatre fois. La première fois, c’ était à Ouagadougou lors de la semaine de la lutte contre le sida.

Reda : Je ne veux pas venir comme un cheveu sur la soupe mais si tu portes le préservatif, pourquoi faire un dépistage ?

Désiré Sankara : C’est-à-dire que dans le quartier, j’ ai eu un passé où il y avait pas mal de rencontres (rires) ! On dirait chez nous qu’ on était jeunes et beaux ! Donc, avec des copains, on a discuté et une personne nous a suggéré d’ aller faire le dépistage qui était d’ ailleurs gratuit à l’ époque. Je pense que dans mon groupe d’amis, j’ étais la seule personne à l’ avoir fait et puis les autres l’ ont fait après.

Ousmane Zaré : Désiré Sankara, tu nous rappelles le défunt feu capitaine Thomas Sankara. Dis-nous, il y a un lien de parenté ou pas ?

Désiré Sankara : Oui, Thomas Sankara était mon cousin. Je l’ ai déjà vu venir chez moi.

Ousmane Zaré : Te considères-tu comme un artiste engagé et si c’est le cas, dans quoi est-ce que tu t’engages ?

Désiré Sankara : Je suis un artiste engagé mais dans le domaine culturel. J’ai envie que les jeunes de mon pays puissent se réapproprier le patrimoine des ancêtres, qu’ ils puissent comprendre les rythmes du Burkina Faso. Au lieu de faire de la musique venue d’ ailleurs, pourquoi ne pas faire notre propre musique à nous ?

Ousmane Zaré : Ce qui veut dire que l’ engagement commence d’ abord par cela ? Par faire connaître sa propre culture et l’ accepter ?

Désiré Sankara : Oui. Il y a un adage cité par nos ancêtres qui dit ceci : une branche qui veut fleurir doit flatter ses racines. Autrement dit, si un pays veut avancer, il doit se baser sur sa propre culture.

Ousmane Zaré : Tu vas jouer dans cette émission où tu es écouté par des familles infectées ou affectées par le VIH. Qu’ est-ce que tu aimerais leur dire ?

Désiré Sankara : Je suis avec vous. Sachant que tout ce qui vous est arrivé, cela peut arriver à toute personne. Si elle peut vous aider, écoutez-la. Je suis là pour vous et je le partage avec vous. C’est notre musique à nous !

(musique)

Ousmane Zaré : C’ était Désiré Sankara pour l’ émission Survivre au sida dans la rubrique culturelle. Samedi 28 novembre 2009, nous avons organisé une soirée-débat sur le capitaine Thomas Sankara.

Reda : Il faut expliquer pourquoi nous, le Comité des Familles pour Survivre au sida, on a organisé cette soirée. On s’ est rendu compte que dans notre histoire, il n’ y pas que le VIH et le sida. Bien sûr, toutes les familles peuvent être touchées mais comme par hasard, les familles arabes, les familles noires sont majoritaires dans l’ épidémie du sida. Ce n’ est pas quelque chose qu’ on revendique mais c’est une réalité. On s’est rendu compte dans nos histoires qu’ il n’y a pas que le couscous, les crêpes bretonnes ou les tajines. Il y a aussi des histoires de lutte, des histoires de révolution et des histoires d’indépendance qui nous ont montrés que nous sommes capables à partir de rien, de faire les choses par nous-mêmes et pour nous-mêmes, de faire en sorte que nos combats contre le VIH ou contre d’autres choses ne soient pas des combats étriqués, avec des œillères et centrés sur notre propre nombril. Ce qui m’a choqué, et je suis allé tout de suite en parler avec Ousmane, c’est quand j’ai vu une jeune femme de 25 ans qui fait parti du Comité, qui connaît pleins de choses et qui connaît le monde ne savait pas qui était Thomas Sankara. C’est là que je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. Si on ne le fait pas, il n’y a personne qui va le faire pour nous.

Ousmane Zaré : J’espère que les gens découvriront qui est vraiment Thomas Sankara et quel est ce modèle à suivre dans une lutte où on a tous vraiment besoin d’être libre. Et c’est surtout ce qu’il prône, Thomas Sankara. Être libre et être digne.


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