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Musique | Natacha Lagioia | Sexe et sexualité

Ousmane interroge Natacha, une slameuse marquée par l’histoire du sida

14 janvier 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : Le temps est compté à Survivre au Sida et c’est l’heure de la rubrique culturelle. Natacha est notre invitée mais je passe le micro à notre ami, Ousmane Zaré, de la Waguess Family bientôt réunie. Ousmane, tout se passe bien ? T’es prêt ?

Ousmane : Bien, écoutes ! Je suis prêt comme d’habitude tel un soldat. Qu’est-ce que tu pourrais me dire par rapport à ton tout premier texte que tu as écrit et à quel âge tu l’as fait ?

Natacha : Le premier texte que j’ai écrit, c’était pour mon grand-père. J’avais 7 ans. C’est quand il est mort. Et pour moi, c’était comme une boîte d’allumettes parce qu’à chaque fois que je le voyais, ça faisait des étincelles comme une allumette qui allume un soleil, pas une petite flamme, mais un soleil. Et je suis partie sur l’idée de la boîte d’allumettes et que les petits soleils s’éteignaient.

Ousmane : D’accord

Natacha : Et après, j’ai continué à écrire et à écrire.

Ousmane : Dis-mois. Ce n’est pas la première fois que tu participes à l’émission de radio Survivre au Sida. Quel souvenir as-tu gardé du premier contact ?

Natacha : Le premier contact, c’était une réunion d’information que Reda préparait. C’était en construction et moi-même, j’étais en construction. Et c’est un sujet qui est lourd. Il faut dire aussi ce qui est. Et ça m’a beaucoup pris au ventre. Je vois quelques années après. Nous, on s’est rencontré en 2006. On est en 2010. C’est au-delà du Méga Couscous dont on a bien parlé. Je crois que ça marche méga bien et que l’émission est vraiment bien construite. On peut parler de tout.

Ousmane : J’ai vu aussi que tu avais joué à la salle de la "Ligne 13" à Saint-Denis. C’était en 2008.

Natacha : Oui. C’était mon premier spectacle.

Ousmane : Qu’est-ce ça te fait de voir que le Comité des Familles organise le Méga Cousous 2010 pour les séropositifs et ceux qui les aiment dans cette même salle ?

Natacha : Ça me touche beaucoup. C’est un endroit que j’aime beuacoup. En fait, j’ai commencé à jouer en 2007, à créer des spectacles dans des petits cafés associatifs. Et je suis très attachée à la Ligne 13. J’ai participé au "Père Noël pour les enfants des sans-papiers". J’espère que je n’aurais pas un imprévu, un empêchement pour venir au Méga Couscous le 20 mars. C’est une salle qui a la rage. C’est une salle où on a des bons moyens pour faire des belles choses. Je pense que le Comité des Familles fait des belles choses pour une cause qui est difficile. Cela me touche beaucoup qu’il soit là-bas. J’y serais moi-même en avril où j’aborderai le thème aussi...

Ousmane : Tout à l’heure, tu disais que tu étais tombée récemment amoureuse. La question que j’aimerais te poser, si cette personne t’avais dit qu’elle était séropositive, quelle serait ta réaction ? Est-ce que tu serais tombée amoureuse ?

Natacha : Ça change rien. Quand tu es amoureux, ton coeur parle plus fort. Quand j’ai eu 20 ans, ça m’est arrivée, tomber... C’est le texte que je vais te dire tout à l’heure.

Ousmane : Avant de parler de texte. Je voudrais que tu me dises quel message tu as à porter, à lancer, à donner vis-à-vis des familles qui vivent avec le VIH, qui luttent pour se soigner dignement tous les jours avec la maladie.

Natacha : De continuer à vivre, à être courageux comme l’est même quand on n’est pas malade parce que la vie n’est pas facile. De continuer à cotoyer les associations comme le Comité des Familles qui font des choses parce que je pense qu’au niveau juridique et droit, il y a encore beaucoup de discriminations. De continuer à vivre, à faire des choses comme Barbara le disait tout à l’heure, que ça n’empêche rien. Pour revenir sur ta question parce qu’elle est intéressante et elle me touche vraiment au coeur. Quand tu as 20 ans, que tu tombes amoureux ou amoureuse de quelqu’un qui est séropositif. Tu n’as pas fait de familles, d’enfants. Que la personne est plus âgée et qu’elle voit plus loin que toi et la fougue que tu peux avoir à 20 ans. Au jour d’aujourd’hui, avec la maturité aussi, tu vis les choses mais pas pareil.

Ousmane : Pas pareil ! Je suis parfaitement d’accord. Du coup, c’est le texte que tu as préparé.

Natacha :

"Comme un éléphant T’es parti sans rien me dire pour pas me voir souffrir Pourtant, c’est sûr, ce n’était sans me prévenir Je le savais, ta volonté de t’en aller mourir au loin de moi pour que je ne te vois pas Comme un éléphant T’es parti en me laissant des gants, symboliques de notre amour immortel Tu m’avais dit que loin de toi et de ta maladie SIDA, j’avais toute la vie devant moi Belle, comme je ne l’imagine pas C’est difficile sans toi, tu pèses sur mon coeur Comme un éléphant Ton sourire enclume jusqu’en haut des dunes Je ressens encore tes bras de miel descendre du ciel Tu me hisses vers toi pour une enième fois Comme un éléphant De ta trompe enchanteresse souffle sur mon parcours ton amour en offrande Tu m’as laissée toute ma liberté Sur la table du salon, nos photos se sont envolées L’histoire d’un prince et d’une princesse que le sang désunit Au loin, on entend encore leur cri qui retentit Mon amour est positif, mon amour est positif, mon amour est positif." (Applaudissements)

Reda : Merci Natacha.

Natacha : Merci à vous.

Ousmane : Merci Natacha. C’était le slam de Natacha.

Reda : J’ai une ou deux questions parce que c’est un texte très intime. Et je me demande si, sachant que, nous, on s’adresse aux séropositifs, donc beaucoup vivent le rejet. Et aussi pour les anciens qui ont connu la période avant les trithérapies, cette histoire que tu évoques, si c’est une histoire personnelle, elle date de quand ? C’est quand que tu avais 20 ans ?

Natacha : De l’année 1994.

Reda : Donc juste avant l’arrivée des trithérapies et qu’est devenue cette amour ?

Natacha : Au loin. Dans le coeur, ce n’est pas mort. C’est ce que je dis là.

Reda : Lui n’est plus avec nous !

Natacha : Si ! Il vit encore, soigné. Mais il fallait couper !

Reda : C’est lui qui voyait une jeune femme de 20 ans et qui s’est dit "ma vie est la vie d’un malade, je ne veux pas imposer ça à une femme qui m’aime". Est-ce que c’était ça ?

Natacha : Il était très prévoyant. Il disait "Il y a un moment où tu voudras avoir des enfants et moi je ne pourrais pas". S’il arrivait quelque chose, la peur aussi de me donner quelque chose. "Je me le pardonnerai jamais". Ce sont des tas questions, quand vous êtes dans l’amour, quand on dit "l’amour, ça rend aveugle". Et puis quand vous êtes jeune, vous êtes...

Reda : Tu étais prête à y aller, tu ne voyais pas la maladie comme...

Natacha : Non ! C’est avec les années, ça, c’est un écrit de 2007. Il a fallu des années de digestion entre guillemets. Mais l’amour n’est pas mort dans le coeur pour pouvoir reparler de ça. Aujourd’hui, c’est vrai qu’on se soigne mieux.

Reda : Il y a la possibilité pour les hommes séropositifs de faire des enfants sans contaminer la femme qu’ils aiment, sans contaminer le bébé.

Natacha : Les choses ont changé donc ça, ça date. Ce qui ne date pas, c’est l’amour, c’est ce qu’on a dans le coeur. Maintenant, pour être optimiste, on peut dire qu’aujourd’hui, on peut s’aimer et faire peut-être aussi des enfants, que c’est plus accessible que, peut-être, à l’époque. Mais qu’il y a encore beaucoup de préjugés, que ça reste une maladie grave, qu’il faut se protéger et qu’il y a encore beaucoup de prévention à faire comme le fait Barbara. Vraiment que les malades aillent au contact des jeunes dans les écoles. Je pense que c’est ce qu’il y a de mieux parce qu’on voit en face.

Reda : Comment est-ce que tu réagis ? Maintenant, il n’y a pas de jugement à passer sur des histoires aussi intimes et personnelles. Mais on connait des couples où des jeunes femmes qui sont restées et qui, aujourd’hui, ont pu construire avec l’amour de leur vie après avoir vécu une période où personne ne savait. Les médecins annonçaient des ésperances de vie de cinq ans, de dix ans. On disait que ce n’était pas possible de faire des enfants qui ne seraient pas contaminées ou sans contaminer le partenaire. Tout ça, en fin de compte, était faux. Mais évidemment, personne ne pouvait le savoir à l’avance. Qu’est-ce que tu dirais à une jeune femme qui, elle, avait pris la décision de rester ?

Natacha : Je pense que chaque histoire est personnelle et chaque coeur a ses raisons. Chacun doit voir et peser et faire comme il l’entend peu importe ce que la médecine dit. Ce n’est pas une science exacte surtout aujourd’hui où il y a un tas de virus et de choses qui se multiplient. Ce n’est pas quelque chose de vraiment précis. Ce qui peut être précis et fort, c’est l’amour qu’on éprouve l’un pour l’autre. Et malheureusement, c’est ce que je disais au début. C’est que ça, c’est rare. C’est comme savoir sur qui compter ou avoir des vrais amis dans la vie. C’est la relation humaine stable et sûre, la connexion entre deux personnes qui font que... - c’est le bazar, il y a des difficultés - mais on va outrepasser parce qu’on s’aime trop. Et c’est ça qui n’existe plus tellement aujourd’hui mais quand ça existe, je pense que ça l’emporte. C’est comme la stérilité. Les médecins disent non et tout d’un coup, il y a un bébé qui arrive.


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