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Accès aux médicaments | Fête des Amoureux

Cherche volontaires pour organiser la Saint Valentin Séromantique à Casablanca, Abidjan ou Kinshasa

5 février 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : La question qui se pose pour nous, c’est que… que ce soit Saïd en tant qu’artiste, Amina en tant que femme concernée ou autre, en tant que personne concernée ou proche, on fait quoi par rapport à ça. Concrètement, depuis Paris, depuis la France, qu’est-ce que, nous, on peut faire en termes d’actions qui soient accessibles. Nous, on est des petits. On n’est pas des grands ou des puissants qui peuvent… Qu’est-ce qu’on peut faire concrètement par rapport aux personnes malades qui sont là-bas et qui souffrent de cette stigmatisation, du rejet, du regard des autres, du regard que la société porte sur eux. On fait quoi ? Au-delà du constat que c’est terrible et dur.

Saïd Mesnaoui : Je crois… Mon avis est comme le vôtre. Parce que pour le Maroc et l’Algérie, il faut d’abord bouger ici pour faire bouger les choses, pour déranger un peu le système pour qu’il puisse faire quelque chose pour les gens, là-bas. Parce que si on compte sur les gouvernements marocain et algérien, c’est impossible, ça ne passe pas. Mais si ici ça marche, à travers bien sûr les organismes associatifs qui s’occupent des malades, qui, au moins, pensent à eux ; au moins, ils font bouger certains responsables d’ici pour ouvrir une petite porte là-bas en Afrique, pour aider les gens là-bas. C’est la seule solution. Pour que l’argent n’aille pas directement aux responsables ou aux présidents mais directement aux malades. Parce que si tu donnes l’argent aux responsables associatifs et organismes au Maroc ou en Algérie. Oublies ! Ils vont montrer à tout le monde, à la télévision, dans les journaux, qu’ils ont fait telle ou telle chose mais ce n’est pas tout le monde.

Reda : Alors le constat de l’injustice, ça c’est une question pour les artistes, pour Ousmane et Saïd. Le constat de l’injustice, il est facile à faire quelques fois tellement elle est flagrante. Mais en tant qu’artiste, qu’est-ce ça change pour vous d’écouter et d’entendre la parole d’Amina ou d’autres personnes du Comité des familles qui vivent avec le VIH ?

Saïd Mesnaoui : Moi, je ne reste pas les bras croisés. J’ai toujours joué, j’écris des textes. Mais je ne peux pas faire quoi que ce soit parce que je suis « petit », je n’ai pas de pouvoir. Mais j’ai le pouvoir de le dire à travers ma musique, mes paroles. A la télévision, la radio, je dis ce qui se passe que ce soit ou partout dans le monde. C’est la seule chose que je peux faire. Bien sûr, si tous les artistes associatifs, on continue la lutte contre ces gens-là. IL est sûr qu’un jour, on va réussir. Ils attendent, au moins, qu’on pense à eux, qu’on les écoute.

Reda : Ousmane… qui vit avec les Comité des familles, qui le côtoie tous les jours.

Ousmane : Pour revenir là-dessus. Pour moi aujourd’hui la lutte, quand tu entends ce genre de chose-là, c’est que, quelque part, il y a pleins de choses qui sont pourries. Et le fait que ça soit pourri, il ne faut pas te dire qu’on ne peut pas le faire, qu’on ne peut pas le dire. On le dit ! Mais c’est pour autre génération qui écoutera tes paroles et qui, par contre, cherchera à faire autrement que ceux qui l’ont fait, qui les ont précédés. Donc, c’est vraiment le seul but puisque aujourd’hui, c’est vraiment laisser une parole pour qu’enfin, une nouvelle génération puisse l’utiliser et changer les choses. Nous, à notre façon, on ne peut pas lutter puisque aujourd’hui, comme on le dit, celui qui a l’arme lutte pour celui qui a les idées, celui qui a la parole. Donc la parole reste mais elle est pour ceux qui sauront l’utiliser intelligemment afin de changer les choses.

Reda : Nabila, comment…

Nabila : J’ai envie de rebondir autrement. C’est vrai que je crois beaucoup dans le message des artistes. C’est vrai que les artistes n’ont pas changé le monde mais ils ont changé, certaines fois, certaines mentalités. Néanmoins, j’ai envie de dire que les séropositifs et les séronégatifs, c’est nous. Et que si ça doit changer dans nos pays que ce soit en Afrique et dans le Maghreb, ça doit passer par nous aussi. Donc voilà. C’est ce que j’avais envie de dire.

Reda : Tina, sur cette question, quand on entend, quand on rencontre. Au Comité des familles, on rencontre beaucoup de gens qui viennent d’ailleurs, c’est-à-dire des gens récemment arrivés en France, pas issus de l’immigration, tout ça. Enfin, il y a les deux. Face aux situations là-bas, qu’est-ce qu’on fait de tout ça ?

Tina : Je pense qu’on peut, un peu, apprendre de notre expérience, ici. C’est-à-dire, ici aussi, on est confronté aux mêmes problèmes comme vous le disiez. Et qu’est-ce qu’on fait ici pour changer les mentalités. On sait que c’est un travail hyper dur mais je pense que c’est, en permanence, faire passer des messages par Internet, par la radio, essayer dans les télévisions. Déjà, on a du mal ici en France. Pour là-bas, franchement, ça va être dur. Je pense que pour moi, c’est cette façon de faire, interpeller vraiment tout le temps le public. Je trouve ça bouleversant de voir toute cette souffrance inutile. Parce que c’est vraiment inutile de faire souffrir encore plus, alors qu’il n’y a aucune raison. On peut la toucher mais quelque part, ici aussi, on vit cette souffrance en dix fois moins fort. Donc, je trouve vraiment que ça fait mal.

Reda : Amina, est-ce qu’il y a un message que tu souhaites adresser à des gens qui sont en Algérie, au Maroc ou ailleurs sur le continent africain qui vont, peut-être, écouter cette émission. Des gens que tu connais à Alger qui sont concernés, qui sont, eux, toujours là-bas.

Amina : Le message que je veux leur dire, c’est qu’il faut se battre jusqu’à la dernière minute. Surtout, il y a les séropositifs mais il y a les négatifs qui sont, parfois, avec nous. Surtout, les séropositifs, il ne faut pas qu’ils se cachent, il faut qu’ils parlent parce que même au niveau des hôpitaux, il y a des hommes qui ne veulent pas parler. Même s’ils voient des injustices, ils ne parlent pas. D’ailleurs, nous en Algérie, c’est une femme qui a parlé en parlé en premier à la télévision. C’est la première femme qui a dit qu’elle était séropositive.

Reda : En quelle année ?

Amina : Bah, moi je ne la connaissais pas. En 1989, je crois. C’est la première femme, c’était la présidente de l’association El Hayat, et vraiment.

Reda : C’est Zouhira ?

Amina : Zouhira, exactement ! C’est elle qui a parlé et, vraiment, elle s’est battue. Bon, maintenant, ce n’est plus elle la présidente, c’est une autre. Elle s’est retirée plus ou moins de l’association. C’est vrai qu’elle était une femme forte. Mais comme on dit, ce n’est pas avec une seule personne qu’on pourra…

Nabila : Changer le monde.

Amina : Il faudra plusieurs personnes séropositives.

Reda : La solidarité avec nos frères et sœurs dans les pays d’origine, ça fait parti des fondements du Comité des familles. D’ailleurs, je tiens à dire que c’est un des deux messages du Méga Couscous qu’on organise le 20 mars 2010. Encore faut-il encore avoir les moyens d’agir concrètement pour être solidaire et c’est vrai que je sais… Dis-nous « Méga Couscous » et « Fête des amoureux », est-ce que tu en avais entendu parler depuis l’Algérie par Internet ?

Amina : Par Internet ? Oui ! J’étais toujours connectée sur Internet avec vous et d’ailleurs, quand je suis arrivée l’année passée, je suis venue directement. Je vous ai appelé, il y avait votre numéro.

Reda : Quelle image, tu avais de tout ça ?

Amina : D’ailleurs, même maintenant j’en parle. Quand je suis partie, j’ai parlé avec une copine que le Comité des familles fait ci et ça. Et elle me dit « Nous, on ne pourra faire ça ».

Saïd Mesnaoui : ça ne passe pas à la radio…

Amina : Voilà !

Reda : Est-ce que c’est impossible d’imaginer une Saint-Valentin « séromantique », une fête pour fêter malgré le VIH à Casablanca ou à Alger. C’est inimaginable.

Saïd Mesnaoui : Oh là (rires) !

Amina : Personne n’osera.

Reda : Sachez que nous, – on fait le Méga Couscous comme si ça allait de soit – on aurait dit… Quand on a fait le premier, c’était en 2005. Mais on l’aurait dix ans plus tôt en 1995. On aurait dit « On fait un grand couscous et on invite toutes les familles vivant avec le sida », c’était…

— On nous aurait pris pour des fous.

Reda : C’est ça. Et même en 2005, on nous a pris pour des fous mais il a fallu des gens un peu fous pour…

Amina : C’est ça. C’est ce que je… C’est ce qu’il faut faire.

Ousmane : Là-dessus, j’ai justement envie de te dire Reda, par rapport à ce qu’on disait. Les artistes ont un engagement. Mais après l’engagement, si ça ne vient pas des séropositifs, c’est difficile. Si on dit qu’il serait impossible d’organiser une soirée « séromantique » en Algérie ou au Burkina Faso…

Reda : Les artistes ne peuvent pas être plus royalistes que le roi.

Ousmane : Pour juste une raison… Tu n’auras personne, tu n’auras aucun séropositif à cette fête-là, ça veut dire que…

Saïd Mesnaoui : ça sert à rien.

Ousmane : On se refuse mais il faut oser. Quand les gens entendent des messages dont il est sûr que la confidentialité est assurée, les gens répondent massivement aux appels.

Reda : Le besoin est là de trouver l’amour.

Ousmane : Le besoin est vraiment là. Je pense que c’est important quand même qu’aujourd’hui, tous ceux qui nous écoutent ici ou en Afrique qu’ils essaient vraiment de réfléchir à comment ils pourraient améliorer la vie des séropositifs, qu’ils puissent être à l’aise. Ce n’est pas impossible. Ce n’est pas parce qu’on est en France qu’on est plus ou moins libre. Partout ! On est libre. O ne doit pas nous-mêmes nous rendre esclaves par rapport à ça.

Ali : Il n’empêche que, sans vouloir donner de leçon ou de conseils, comme on a mené un combat, certes avec plus de moyens qu’il peut y en avoir au Maghreb, dans ces pays-là, en Afrique, en générale, les gens peuvent se mobiliser justement avec des ordinateurs et autres, organiser, dans un premier temps, avec peu de personnes. Mais petit à petit, ça prend de l’ampleur comme ça s’est produit pour le comité. Et justement d’essayer d’étendre ça. Le comité a donné des idées à des gens en province, ici en France. Je pense que ça peut se produire également de l’autre côté de la Méditerranée.

Reda : Moi, j’aimerais bien invité, ceux et celles, qui nous écoutent sur le continent africain pour… Il y a des dates : la Saint-Valentin, le Méga Couscous le 20 mars. Pourquoi pas imaginer des fêtes, quitte à se retrouver à quatre ou cinq personnes mais au moins de le faire. De dire, on est vivants même si, parce qu’il y a aussi des pays où il y a une autre réalité, où la mort n’appartient pas à quelque chose du passé par rapport à cette maladie. Donc il y avait une époque où les gens étaient prêts à dire « Bah même si je vais mourir, je vais mourir en faisant la fête, en faisant l’amour, en mangeant un bon couscous ». Est-ce que ça, c’est devenu impossible aujourd’hui. A vous de nous le dire sur le site survivreausida.net.

Transcription : Wilfried Corvo


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