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Méga couscous des familles vivant avec le VIH

Micro-trottoir à Saint-Denis : Faut-il être une femme maghrébine pour préparer un bon couscous ?

5 mars 2010 (papamamanbebe.net)

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Wilfried (Début son) Votre plat préféré ?

— Le riz ! Avec, disons, la sardine.
— Moi, j’aime le poisson.
— Moi aussi
— C’est vague hein. Ca dépend de mes humeurs.
— Spaghettis bolognaise.
— … Couscous.

Alissa Lorsque vous mangez le couscous, avec ou sans harissa ?

— Euh… sans.
— Avec ou sans…

Alissa Vous aimez les deux ?

— Oui.
— Avec ou sans ça marche.

Alissa Ah ça tombe bien. Votre couscous, avec ou sans harissa ?

— Avec, sinon ce n’est pas un couscous !
— Avec aussi.

Wilfried Est-ce que vous avez déjà mangé un couscous qui n’était pas bon ?

— Souvent.
— Non
— Non, moi non plus.
— Oui bien sûr.
— … Oui.
— Oui

Alissa Avez-vous déjà préparé un couscous ?

— Euh… oui
— Non.
— Non.
— Non.
— Bien sûr.
— … non.
— Non plus.

Alissa Doit-on être d’origine maghrébine pour préparer un couscous ?

— Si on veut un bon couscous !
— Euh… c’est sûr.
— Non
— Moi oui, je… j’ai mangé le couscous dans Maroc beaucoup de fois.
— Le Maghreb n’a pas le monopole de couscous, donc non.
— Non, parce que ma grand-mère est bien française et elle le fait très bien voilà !
— Non plus hein.

Wilfried Faut-il être une femme pour préparer un bon couscous ?

— Euh… non.
— Non.
— ... Je ne sais pas.
— Pas du tout.
— Non plus, il faut faire travailler un peu les mecs ! (merci madame !)
— Si si là une femme. (Fin du son)

Reda Premier volet du micro trottoir, réalisé par Wilfried et Alissa. Donc vous étiez envoyés spécial (spéciaux, pour les intimes) de l’émission survivre au sida à Saint-Denis, une fois de plus, une fois n’est pas coutume. Et la première question, c’est la question du couscous. La deuxième question c’est bien évidement la question du Méga Couscous.

Alissa Est-ce que vous avez déjà mangé un Méga Couscous ?

— Euh… non.
— Non.
— Euh… si c’était à Belleville.

Wilfried Ca ressemble à quoi à votre avis un Méga Couscous ?

— Pour dire la vérité je sait pas, mais ça doit être un méga, voilà c’est…
— C’est comme un(e) Paella très grand(e) non ?
— Je ne sais pas.
— C’est un grand couscous et il y a beaucoup de couscous quoi !
— Voilà, il l’a dit, c’est ça.
— Avec pleins de choses, merguez, du poulet, de l’agneau, de tout.
— Tous les légumes, de la viande.

Wilfried Selon vous, combien de kilos de semoule, combien de kilos de viande et combien de kilos de carottes pour un Méga Couscous ?

— Je dirais… 2 kg, 2 kg, 2 kg.
— Je ne sais pas.
— Beaucoup, 30 kg de viande… non peut-être pas 30 mais 15 comme ça.
— Là c’est relatif ça dépend. À peu près 1 kg, 1 kg, 3 kg.
— 1 kg.
— 1 kg, ouais. 3 kg, non je ne sais pas. Aller 500 grammes.

Wilfried C’est celui dont on va peut-être vous parler à la fin. C’est 100 kg.

— Oulala ! D’accord !

Reda Alors ça, c’est des chiffres hein et je vais vous en donner un autre qui fait un petit peu froid dans le dos, c’est que en France il y a environ 35 000 personnes qui sont décédées du sida. C’est le premier chiffre. Et à l’intérieur de ça, sur ces 35 000, il y a environ 15 000 qui étaient des immigrés ou des enfants de l’immigration. Ca fait près de la moitié et ça fait évidemment beaucoup trop. Alors que les moyens d’éviter à la fois les contaminations à partir du milieu des années quatre-vingt-dix, les morts, existaient.

Nabila Oui. Je voudrais juste rajouter. C’est vrai que ton chiffre est effroyable, je voudrais dire aussi une autre réalité, c’est qu’on ne compte pas dans ce chiffre les gens qui ont été expulsés qui ont été… qui sont morts là-bas. On n’a pas de chiffres précis.

Reda Quand nous, on a fait ce premier Méga Couscous le 8 décembre… pardon le 11 décembre 2005, on avait dit une chose, on s’était rendu compte qu’il y avait d’un côté… je ne veux pas dire le « bon sida » mais c’est presque ça. Celui des stars, des chanteurs, de Pierre Bergé, de Line Renaud, du Sidaction, le sida paillettes quoi. Le sida du marais. Et il y avait quelque chose d’effroyable, de terrifiant qui était… ben le sida des pauvres. Le sida mal vu, le sida quand on l’attrape c’est de sa faute. Le sida dont on meurt dans le silence, parce qu’il n’y a pas après d’hommage rendu à la télévision, il n’y a pas de livres écrits… voilà. Et donc cette réalité-là, d’un côté le sida du marais, de l’autre côté le sida des banlieues, nous avait menés à dire que ce couscous quand bien même on l’avait organisé avec des moyens dérisoires, avec les moyens du bord… il y avait un copain qui avait donné un mouton, enfin on s’était débrouillés on avait fait un super-truc. C’était en fait notre Sidaction à nous. Et j’ai donc envoyé Wilfried et Alissa à Saint-Denis pour poser cette question pour savoir si à Saint-Denis les gens donnent de l’argent au Sidaction, au Téléthon. Parce que nous franchement on n’a pas l’impression que l’argent qui est donné sert… ben aux gens qu’on connaît. Aux gens qui vivent avec le sida, la précarité, la banlieue. Donc on va écouter ce que ça donne à Saint-Denis.

Alissa Donnez-vous de l’argent au Sidaction, au Téléthon ?

— Oui assez souvent.
— Euh… non pas pour le moment, non.
— Non.
— Non.
— Quand l’occasion se présente je… voilà. C’est juste pour le geste, je le fais.
— Oui.
— Le téléthon oui.

Wilfried Et pourquoi ?

— Bah justement pour aider la… pour aider les gens, pour aider la recherche.
— Parce que je suis étudiant(e) je n’ai pas d’argent.
— Moi dans ma famille c’est parce que ça les touche, donc euh… pour aider.
— Parce que c’est important de contribuer à la recherche quoi, je pense. Avec nos petits moyens mais euh…

Wilfried Je vous annonce que vous êtes séropositif. Votre réaction ?

— Choqué un petit peu.
— … What ?
— Oui, non. Moi je dis (haa !). Ma vie est finie. Pour moi je pense que c’est très difficile d’imaginer, de changer la vie totalement.
— Franchement, je serais perdu quoi. Ca doit être trop dur, je serais perdu.
— Ben c’est un choc hein. C’est la peur tout de suite… Oui ça chamboule tout mais…
— … ben pareil.

Alissa Séropositifs, est-ce que vous mangeriez toujours du couscous ?

— Vu que je suis maghrébin je ne dirais pas non.
— Ben oui c’est sûr. Je mangerais toujours du couscous.
— Moi non, je ne sais pas.
— Ce n’est pas mon plat préféré désolé… je pense que je ne mange pas toujours…
— Bien sûr puisque ça donne de la force, surtout oui.
— Ben oui !
— … ben oui aussi.

Wilfried Est-ce que Line Renaud a le sida ?

— Euh… Je ne sais pas.
— Je connais le nom, mais je ne vois pas le visage. Mais j’entends le nom.
— Je crois oui.
— Je ne sais pas.

Wilfried Est-ce que Pierre Bergé a le sida ?

— Non je ne pense pas.
— Celui qui avait flingué le téléthon pour… voilà. Là d’accord, là oui.
— Aucune idée.
— Aucune idée.

Wilfried Est-ce que Carla Bruni-Sarkozy a le sida ?

— Non.
— Non.
— Je ne sais pas, mais non.
— Je ne sais pas, je ne crois pas.
— Non, son frère est mort du sida, mais elle non je ne crois pas.
— Non.

Alissa Non effectivement elle ne l’a pas. Est-ce que vous pensez qu’il faut avoir le sida pour se battre pour cette cause ?

— Non. Non, non, non.
— Non.
— Pas du tout, pas du tout. Parce qu’enfin… ne pas avoir le sida et s’engager pour le sida, c’est se protéger et protéger les autres aussi donc…
— C’est un fléau qui touche l’humanité, donc je suis sensible à ça.
— Franchement non.
— Non du tout.
— Pas du tout non.

Transcription : Sully Bidois

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