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Méga couscous des familles vivant avec le VIH | Samira Guedichi-Baudoin | Yann

Zaama Zaama : Quand les cuisinières du Méga Couscous envahissent la scène !

8 avril 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : Alors il y a eu ce moment fort, ce n’était pas tout à fait la fin de l’après-midi, et c’est Samira qui est venue un peu… nous bousculer (rires), il y avait du monde. Il y avait pleins de rappeurs sur la scène, et… et je crois qu’à peu près tout le monde avait mangé, même s’il y a eu des gens jusqu’à 22 heures qui réclamaient encore leur assiette de couscous. Donc je vous propose d’écouter un petit peu.

(Début du son)

Ousmane : Je vois Reda qui court, qui vient, je pense là qu’il a quelque chose, en tout cas, de très important à dire.

Reda : Oui je vois que ça bouge ce matin, et c’est le Méga Couscous ! Elles sont restées dans leur cuisine depuis hier après-midi… depuis hier matin elles sont dans la cuisine. Elle s’appelle Nawel, je vous demande de faire du bruit pour elle ! Allez Nawel !

(Fin du son)

Olivier Jablonski : C’est sur, ce n’est pas Sidaction.

Reda : Samira, qu’est ce qui se passe à ce moment-là, qu’est ce que tu as tenu à faire ? À bousculer tout le monde

(Rires)

Samira Guédichi-Baudouin : C’était une, une, j’ai pris, enfin je pensais qu’il était vraiment important là d’occuper la scène, et que la scène, il fallait que les femmes, en fait il me semblait important à ce moment-là d’aller voir les femmes qui étaient en cuisine Nawel, Amina et d’autres, de leur dire, bon maintenant c’est le moment d’enlever les tabliers et là il y a une scène, il faut qu’on y monte. Il faut qu’on y aille, il faut qu’on… voilà. C’est maintenant notre tour de… surtout qu’on avait passé 15 heures, sur cette affaire. Les filles étaient, elles avaient commencé à 9 heures la veille, jusqu’à 23 heures, elles avaient repris le matin à 8 heures, bon, il était 17 heures, il était l’heure de s’amuser quand même.

Reda : Et une fois montées sur scène par contre, elles n’en sont pas…

Samira : Ah elles n’ont pas lâché !

(Rire)

Reda : Il y avait même le…, voila la chenille autour de la scène, dans la cour de Saint-Denis. Il y a eu plein d’interventions bien sûr. Dont celle… celle-ci, que je vous propose d’écouter, il s’agissait donc d’une femme qui est montée sur scène, qu’on ne connaissait pas, qui n’était pas du Comité des familles. Elle ne faisait pas partie de ces militants engagés, déjà dans l’association. Mais quelqu’un qui nous rejoint et qui s’est retrouvé dans le propos ce jour-là.

(Début du son)

Je viens de la Côte d’Ivoire, et je suis là depuis 8 mois, j’habite chez ma fille, étant malade, je me disais, ma fille m’a accompagnée faire un test de Sida, ce qui n’était pas possible dans mon pays. Bien sûr on en parle souvent, mais nous, on ne sait pas que les gens se cachent que, on a honte, on a peur de ce que va dire le voisin qui est à côté. Et puis je suis allée à l’hôpital à Saint-Denis et…, et comment on appelle ça, de La Fontaine, et j’ai vu, j’ai rencontré le Comité des familles, j’ai vu tout le travail qui s’est fait et je me suis retrouvée vraiment contente. Je suis heureuse ce soir de participer au Méga Couscous. Et voila, aujourd’hui je suis contente parce que… Je suis venue en Côte d’Ivoire, et voilà qu’en Février on m’annonce que mon mari est mort, et il ne m’a jamais dit qu’il était séropositif, je n’y ai jamais pensé aussi. Bien sûr que je me sentais très bien, j’étais en bonne santé, je maigrissais bien sur mais je ne pensais pas du tout à cette maladie. J’ai eu 7 enfants dont le dernier a 12 ans. Dont… j’ai eu une belle fille qui fait des études en médecine en Russie, et nous payons les études de l’enfant, et voila que je suis venu rendre visite à ma fille et il décède derrière moi (pendant ce temps-là). Je suis prise en charge ici, on s’occupe bien de moi, et je suis vraiment, je suis vraiment contente. Je suis heureuse et je voudrais vraiment pouvoir aider, et en parler à mes sœurs quand je vais rentrer au pays. Je suis contente de… de monter sur l’estrade, sur l’estrade aujourd’hui, pour en parler. Pour vous dire que vraiment j’ai été heureuse de rencontrer des personnes qui vivent à visage découvert avec cette maladie, et qui peuvent se soigner, rencontrer d’autres personnes, s’amuser, danser, et continuer de vivre ! (applaudissements) Je voudrais faire partie de la famille ! Merci.

(Fin du son)

Reda : Beaucoup d’émotion, et je vois Samira de nouveau sous le coup de l’émotion. Pourquoi est-ce qu’un événement comme ça, faire un couscous, se retrouver, faire la fête tout ça… Il n’y a rien de plus anodin en soit. Qu’est-ce qui fait que l’après-midi était autant chargé d’émotion ? Ca fait partie des choses que tu as évoquées lors de ta propre prise de parole sur cette estrade dont parlait cette… cette dame.

Samira : Oui, j’avais souhaité en fait, quand j’avais pris la parole, en ouverture de… cette journée, mettre cette journée sous le signe… Je disais oui, cette journée elle doit être contre le déni, contre l’ignorance, contre le silence, voila. C’était les trois plaies qui me paraissaient être à faire reculer, ça, c’est une chose, et l’autre chose, oui on a l’habitude à Saint-Denis, moi je fais souvent ça, on a l’habitude de manger ensemble, la convivialité c’est… ça se fait très souvent au pied des cités, on fait des fêtes de quartier, des fêtes de cité… Là, la différence, et la grande différence, c’est d’avoir ménagé deux heures pour témoigner. Deux heures pour témoigner. On mange ensemble, on ne se parle pas forcément, et là ça a tout changé, ces temps-là, de parole.

Reda : Yann, réaction quand tu écoutes cette dame ?

Yann : Ca me touche aussi, d’autant plus que c’est une personne qu’on avait rencontrée lors de… des… présentations du Comité qu’on fait à l’hôpital de la Fontaine sur Saint-Denis, qui était une personne, enfin c’est moi qui ai pu parler avec elle, et qui me semblais d’une grande timidité. Et je vois qu’en fin de compte, l’apport qu’elle a eu dans cet après-midi lui a permis de prendre le micro, et de dire ô combien on avait été d’un support pour elle ce jour là et lui redonner de l’espoir et tout ça quoi. C’est vrai qu’on ne peut pas lui proposer et lui promettre milles… merveilles, type appartement comme elle a besoin et vraiment de… d’aide sociale, mais en tous les cas le… la main était tendue et on le ressent bien quand on écoute le témoignage.

Reda : Zina ?

Zina : Ben moi je trouve ça formidable, c’est… c’était formidable ! (Rires)

Reda : Et Tina ?

Tina : Oui ben moi je pense toujours aux préparatifs du Méga Couscous et on se disait, tout est vraiment à peu près au point mais les témoignages, qui… qui veut s’inscrire pour les témoignages, on avait vraiment peu de personnes du Comité qui disaient oui moi je suis prêt à témoigner devant tout le monde et on se disait, ça va être un peu juste quoi. Et enfin de compte c’est, c’était… mais il y avait trop de monde qui voulait témoigner, et il n’y a même pas tout le monde qui a pu parler…

Reda : Il y a des gens qui sont revenus pour compléter ce qu’ils avaient dit dans un premier temps.

Tina : Il y en a qui avaient préparé… comme Bruno qui avait préparé son témoignage, il n’a même pas eu le temps de passer tellement il y avait de… des nouvelles personnes et… c’est ça l’essentiel du Méga Couscous, et enfin de compte de façon spontanée, imprévue, ça s’est fait mieux qu’on aurait pu l’imaginer quoi.

Reda : Je ne sais pas si ça peut être une conclusion pour cette, pour cette séquence-là, mais je sais que moi ce qui m’a marqué c’est un vigile et puis un jeune homme, le vigile qui m’a… qui en toute fin de soirée dans la dernière partie du concert, le soir, m’a dit « écoutes Reda, moi je n’aime pas travailler, (rires), je n’aime pas trop le travail, là aujourd’hui j’étais au travail, j’étais vraiment heureux d’être avec vous. Et content d’avoir partagé ce moment-là avec vous. » Un jeune homme qui s’exprime rarement dans les réunions du Comité des familles, qui ne vient pas depuis très longtemps, qui… ici au local m’a dit il y a quelques jours, « Reda ce jour-là c’est comme si on n’était pas malades ! »

(Son, musique)

Transcription : Alissa Doubrovitskaïa


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