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Couples concernés par le VIH | Faire un bébé quand on est séropositif

Laura, 18 ans, raconte comment sa mère lui a annoncé la séropositivité de son père

15 juin 2010 (papamamanbebe.net)

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Reda : Laura a 18 ans. Elle est pour la première fois à l’émission « survivre au sida ». Question toute simple : est-ce qu’une personne séropositive peut faire un enfant Laura ?

Laura : Bah oui bien sûr ! Il y a plusieurs méthodes. Donc le père et la mère peuvent faire naturellement, enfin naturellement, c’est-à-dire que le père et la mère peuvent vraiment être parents de l’enfant avec différentes méthodes. Par exemple la méthode in vitro, ce genre de choses. Mais le risque n’est pas zéro on va dire niveau contamination pour l’enfant. Donc moi mes parents ils ont voulu prendre aucun risque. Donc mon père était positif, ma mère négative. Donc elle n’a jamais été contaminée. Et donc ils ont voulu prendre le risque zéro et donc ils ont eu recours à l’IAD. Donc l’Insémination Artificielle avec Donneur de sperme. C’est-à-dire que mon père biologiquement n’est pas mon père si vous voulez. Mais bon il a suivi la grossesse de ma mère, il était là depuis ma naissance, il m’a élevée, il m’élève toujours, je le vois toujours, c’est mon papa. Mais biologiquement ce n’est pas mon père parce que comme il était positif ma mère et mon père ne voulaient pas prendre le risque.

Reda : Est-ce que tu penses que par rapport au témoignage qu’on vient d’écouter, est-ce que tu penses que peut-être ton papa t’a fait moins de bisous ?

Laura : Ah non pas du tout, mon père c’est mon père, on se fait des câlins, on se fait des bisous, on parle de tout, de rien. Je fais même de la danse avec lui si vous voulez savoir (rires). Non je n’ai pas de problème.

Reda : A quel âge, à quel moment tu as su comment tu as été conçu ?

Laura : Alors je l’ai su assez tard. On va dire que je n’ai pas été élevée avec ça. On m’a gardé le secret jusqu’à mes 9 ans.

Reda : D’accord. Au moment de ton neuvième anniversaire ? (rires)

Laura : Non dans l’année de mes 9 ans (rires) je ne sais plus exactement mais voilà.

Reda : Et comment est-ce que tes parents t’ont annoncé ça ? Parce que, une des questions que les parents, qui vivent avec le VIH, se posent c’est le jour où ils décident, ça y est je vais prendre mon courage à deux mains et expliquer à ma fille ou mon fils que je suis séropositif, par où commencer ? Ça renvoie à un tout un tas de choses.

Laura : Alors moi déjà dans le secret c’est... il n’y avait pas juste mon père qui était malade, il y avait aussi le fait que mon père n’est pas mon père biologique. Donc ça renvoie quand même à beaucoup de choses, ce n’est pas le même ADN, la famille du côté de mon père n’est pas vraiment ma famille, je n’ai pas leurs gènes donc je ne viens pas... mon père est né en Normandie, donc je ne viens pas de Normandie en fait. Mon père biologique ça se trouve il habitait dans le sud, ça se trouve je viens du sud je n’en sais rien, c’est un certain nombre de choses qui sont compliquées. Donc mes parents ont divorcé quand j’avais 6 ans. Donc c’est ma mère qui me l’a annoncé avec l’accord de mon père bien sûr, donc mon père n’était pas là. Donc ma mère me l’a annoncé la veille, elle m’a d’abord expliqué, je ne comprenais pas pourquoi, donc l’IAD ce que c’était, parce que c’est vrai qu’à 9 ans on ne comprend pas ce genre de choses. Donc elle m’a expliqué qu’il y avait des enfants qui étaient nés avec le sperme d’un autre homme, voilà. Donc moi j’écoutais attentivement, ça m’intéressait mais bon...

Reda : Pour l’infection de ton papa tu savais déjà ?

Laura : Non je ne savais pas, j’en savais rien.

Reda : Tu apprends les deux en même temps ?

Laura : Donc elle m’explique d’abord ce genre de choses donc la veille, la révélation du secret si je puis dire. Donc elle m’explique tout ça donc je sors : « bah oui c’est comme ça voilà ». Et le lendemain elle me dit : « ma fille il faut que je te parle ». Donc moi : « bah oui parle moi, j’écoute ». Et donc elle me dit : « ce que je t’ai raconté hier à propos des enfants qui sont nés sous IAD etc, tu fais partie de ces enfants-là ». Donc forcément je tombe de haut, pourquoi je suis née comme ça alors que j’ai un père et une mère et là elle m’explique que mon père est porteur du VIH. Donc là je tombe de haut aussi, pourquoi il est malade ? Et là elle m’explique que c’est un ancien toxicomane qui se droguait et donc il est tombé malade par le passage de seringue et là forcément à 9 ans, on apprend tout ça en 10 minutes...

Reda : Ça fait beaucoup.

Laura : Ça fait beaucoup. Donc pendant un mois je suis tombée en dépression, à 9 ans c’est un petit dur quand même mais bon après voilà, j’ai quand même continué, comme mes parents étaient divorcés, j’ai quand même continué à aller chez mon père deux week-end par mois. On continuait à avoir des activités ensemble, faire des câlins, des bisous, sans problème.

Reda : Et aujourd’hui il va bien ?

Laura : Il va bien. Ça fait 24 ans qu’il a la maladie.

Reda : 24 ans de VIH.

Laura : Il l’a eu en 1986. Donc bien sûr maintenant la maladie a évolué maintenant donc... ce n’est pas la même qu’avant on va dire.

Reda : Oui, grâce aux trithérapies, ces choses-là.

Laura : Exactement, voilà.

Reda : Est-ce que tu as parlé à tes parents aujourd’hui de ta venue ? Nous on t’avait invitée parce qu’on sait qu’il y a beaucoup de parents séropositifs qui se posent des questions sur comment les enfants vont vivre tout ça quoi, vont apprendre cette nouvelle, qu’est-ce que vous allez en faire de tout ça, de l’histoire de vos parents parce que pour la plupart les enfants nés de parents séropositifs sont passés entre les gouttes et ne se sont pas retrouvés avec le virus.

Laura : Je ne sais pas comment expliquer (rires). J’en n’ai pas parlé à mon père parce qu’à mon père, on ne parle pas... je le vois que deux week-end par mois, quand je vais chez lui ce n’est pas pour parler de sa maladie etc. Mon père c’est mon père quand je le vois on fait des activités que tout père a avec sa fille et point final. Mais j’en ai parlé à ma mère parce que bon... voilà j’étais contente de lui dire que je voulais partager un petit bout de ma vie si ça pouvait aider des personnes je trouvais ça bien. Elle a trouvé ça bien de ma part et elle m’a encouragée à le faire donc... voilà.

Reda : Alors depuis, toi tu es née en 1991 ?

Laura : Oui.

Reda : Donc depuis... il faut attendre jusqu’à 2001, il faut attendre dix ans pour la circulaire qui va ouvrir l’accès aux techniques de l’Assistance Médicale à la Procréation pour les hommes et femmes séropositifs à travers ce qui s’appelle le lavage de sperme enfin pour faire court. Donc aujourd’hui il y a effectivement plusieurs possibilités y compris la procréation naturelle où les médicaments, une personne qui est bien traitée peut empêcher la transmission, peut éviter la contamination de sa femme ou de l’homme qu’elle aime grâce aux médicaments. Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à des séropositifs qui se posent la question, est-ce que moi en tant que personne qui vit avec le VIH, faire un enfant ou pas ?

Laura : Je pense qu’il n’y a pas de problème pour moi quelqu’un qui porte le VIH ce n’est pas... c’est triste oui forcément, je ne peux pas dire « oh ce n’est pas grave, c’est normal » non pas du tout. Mais il peut vivre normalement avec son traitement et avoir des enfants. Maintenant il y a pleins de méthodes pour avoir un enfant et encore si vous voulez vraiment le risque zéro vous pouvez avoir recours à l’IAD comme moi, comme mes parents et moi (rires), vous avez compris.

Reda : C’est marrant ça le lapsus parce que Sam au Méga Couscous il avait carrément sorti : « Quand j’ai accouché » (rires) pour parler...

Laura : Sympa. (rires) Non et puis ma mère avait peur aussi, donc quand mes parents ont divorcé, ma mère avait peur quand j’allais le week-end chez mon père qu’il ne fasse pas attention et que j’attrape la maladie, des choses de ce genre forcément... ma mère c’est ma maman...

Reda : C’est-à-dire ta maman n’était pas informée ou c’est de la surprotection...

Laura : Si elle était informée, elle avait peur, elle s’est dit, imagine son père se coupe et puis il ne fait pas attention, il ne met pas de pansement... ce sont des petites choses comme ça. Forcément elle psycote parce qu’ils se sont séparés j’avais 6 ans. Je ne savais pas sa maladie puisque j’ai appris ça à mes 9 ans. Forcément elle psycotait là-dessus. Mais mon père a toujours fait attention. Quand il se blesse je ne le soigne pas forcément. Je veux dire quand je vais chez lui je n’ai pas peur quoi, je lui fais des bisous, des câlins. Je ne regarde pas partout s’il y a du sang quelque part. Je m’en fiche complètement, je veux dire je n’y pense même pas quoi. Il n’y a pas de problème et dans l’interview de tout à l’heure où le monsieur disais « non, faut placer son enfant parce qu’un homme porteur du VIH ne peut pas s’occuper de son enfant ». Je trouve ça carrément... on est au 21ème siècle maintenant c’est carrément possible quoi !

Reda : En plus c’est un mec qui est papa, qui est séropositif

Laura : Oui voilà ! Je ne comprends pas, c’est vraiment un manque d’information énorme.

Reda : Oui. Vous avez des questions pour Laura ? Zina qui est maman, Ali qui est papa.

Ali : La demoiselle est née la même année que mon fils sauf que ce n’est pas... la mère de mon fils justement elle était séronégative.

Reda : Elle l’est toujours ?

Ali : Oui elle l’est toujours. Et mon fils il est passé entre les gouttes mais disons que nous on n’a pas eu recours à... je ne savais même à l’époque que ça existait d’ailleurs... enfin je savais que l’insémination artificielle existait mais pour les personnes séropositives tout ça et tout, moi j’en avais très peu entendu parler.

Laura : Je suis le premier enfant né par insémination artificielle avec un père...

Zina : Ah bon ?

Laura : Ma mère s’est battue pendant deux ans parce que les médecins ne voulaient pas. Ils disaient : « oui mais si le père meurt ? » Bah oui mais il y a des personnes atteintes de cancer qui ont droit à l’IAD pourquoi une personne porteur du VIH n’aurait pas le droit à l’IAD ? Donc ma mère s’est battue pendant deux ans, toutes les semaines, elle appelait les médecins, au bout de deux ans les médecins ont craqué, c’est à partir de là que c’était possible en fait.

Zina : Je suis étonnée qu’ils s’opposaient alors que ta mère n’était pas séropositive et qu’ils s’opposaient uniquement parce que ton père l’est, je suis vraiment...

Laura : Oui ils s’opposaient par rapport à la vie après, si le père mourrait...

Reda : Ça va faire un orphelin.

Laura : Et par rapport à la vie quotidienne en fait.

Tina : Puis à l’époque il n’y avait pas encore des trithérapies non plus donc il y avait encore beaucoup de personnes qui décédaient du sida à l’époque.

Reda : Il y avait encore beaucoup oui.

Zina : Dans ce cas-là on ne fait pas d’enfant du tout quoi, parce que je ne sais pas, le père de mon fils il n’a jamais été porteur du virus et il est décédé il y a 13 ans je crois, enfin bref, et c’est d’une crise cardiaque. Je veux dire n’importe qui peut... je trouve ça bête quoi. Dans ce cas-là, on ne fait pas d’enfant parce qu’on se dit on peut mourir à n’importe quel moment.

Laura : Oui mais à l’époque les médecins se disaient : « il est porteur du sida en plus il était toxicomane avant, est-ce que c’est une bonne chose que ce couple ait un enfant ? » Enfin... forcément.

Reda : Mais ça si on devait délivrer des autorisations de compétences parentales...

Ali : Mais en même temps en lien avec le témoignage de tout à l’heure, le témoignage de la demoiselle, c’est que moi, ensuite on s’est séparé avec la mère de mon fils parce qu’elle allait mal d’un point de vue psychologique, dépression et autres. Et que moi je travaillais, et que pour tout un tas de raison, avec une enquête de voisinage et tout. Moi on m’a donné la garde de mon fils et c’est le chantage au suicide qui a fait que je n’ai pas eu la garde de mon enfant mais j’ai entendu quasiment l’inverse de ce que j’ai vécu quoi.

Reda : Et Laura est-ce que tu as eu l’occasion de parler avec ton papa sur cette histoire ? Parce que des gens contaminés pendant les années 80 à cause du partage des seringues, la France c’est le dernier pays qui a accepté de mettre en vente libre, de décriminaliser le fait d’avoir une seringue sur soit, d’avoir les moyens pour éviter une contamination. Et des milliers de contaminations qui étaient évitables et la catastrophe s’en est suivie. Est-ce que tout ça il t’en a parlé ou est-ce que ça reste un peu dans le non dit ?

Laura : Non en fait c’est ma mère qui m’a tout expliqué à mes 9 ans et à partir de là j’en ai plus jamais parlé avec mon père. J’en ai encore parlé avec ma mère mais jamais avec mon père. Une fois quand on m’a annoncé à mes 9 ans, le week-end qui a suivi j’étais chez mon père. Il m’a dit : « ta mère t’as dit des choses est-ce que tu veux qu’on en parle ? J’ai dit : « non, je ne veux pas qu’on en parle ». Et depuis on en a jamais reparlé. Donc ça fait 10 ans et on n’en a jamais reparlé et je n’ai même pas envie d’en parler avec lui, je n’ai pas envie d’y penser.

Reda : Parce que au-delà de la souffrance et des conséquences, il y a une sacrée histoire qui est complètement niée et occultée y compris par cela même qui l’ont vécu quelque part. C’est de ça qu’on se rend compte.

Ali : C’est vrai quand on entend certains témoignages. Maintenant ça ne me surprend pas énormément, quand même ça m’interpelle quand j’entends le gars dire vaut mieux laisser l’ASE s’occuper des enfants ceci, cela et tout. C’est limite aberrant parce que je ne pense pas que... il y a des gens qui sont séropositifs, des parents qui sont séropositifs qui ne savent pas parfaitement s’occuper de leurs enfants.

Reda : On a deux invités avec nous Nes de FPP et Sembadou pour la rubrique culturelle. Après avoir écouté ce premier témoignage et puis ensuite le récit de Laura vous en pensez quoi ?

Nes : De quoi exactement ? D’après ce que j’ai écouté, il y a pleins de trucs qui me...

Reda : Des deux témoignages.

Nes : Je pense que c’est flagrant que c’est une personne dans un certain environnement... c’est-à-dire informer les gens, les ramener vers vous, expliquer les choses. Donc forcément lui il est, à la base il n’aurait même pas le virus, il penserait pareil. Donc lui il est dans une certaine manière de penser, dans un certain environnement et puis quand il parle de sa petite fille j’ai l’impression que c’est très personnel. Il dit que lui peut-être il laissait traîner des affaires ou des trucs... j’ai l’impression qu’il répond surtout par rapport à lui. Pour le second témoignage, je suis épaté. C’est la première en plus tu as dit...

Laura : Oui.

Nes : C’est très bien je trouve, c’est cool. Parce qu’il y a certains parents qui croient que c’est fini quand tu as le virus, eh bien tu vois qu’il y a...

Reda : La preuve vivante !

Nes : Voilà.

Ali : De ce qu’il dit par exemple sur l’homosexualité, c’est contre nature et tout. Bon ce n’est pas la première fois qu’on entend de tels propos. Mais en même temps pareil, quand il parle de l’usage de drogue, « j’étais, je prenais et tout », bon on sait que ça revient fortement à la consommation d’héroïne et ce n’est pas... je ne le connais pas, ce n’est pas impossible qu’il fasse parti des ghettos de toxicomanes qu’il y a. Il y en a beaucoup d’ailleurs dans le nord malheureusement.

Reda : Ben il dit voilà un exemple, ce n’est pas un exemple puisque c’est une personne vivante, quelqu’un qui connaît, qui a une vie, un parcours, tout ça, mais voilà, c’est une réalité.

Ali : De sa façon de s’exprimer entre guillemets, de son ignorance du sujet, on dirait qu’il vit dans son monde d’usager et voilà il y a certains trucs...

Reda : Ce n’est pas lui qui s’est enfermé tout seul.

Ali : Voilà, je ne sais pas, oui.

Reda : Sembadou oui ?

Sembadou : En fait je n’ai pas grand chose à dire mais ce que je viens d’entendre au niveau du témoignage, c’est Laura ?

Laura : Oui.

Sembadou : Ok. Non mais j’ai halluciné quoi.

Reda : Pourquoi ?

Sembadou : En fait, j’ai trouvé ça super bien dans le sens où franchement l’amour, elle a su garder ça, elle s’est dit c’est mon père même si ce n’est pas mon père biologique, quelque soit, un père c’est un père. Bravo sur ce point. Je n’ai pas grand chose pour le moment à dire.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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