Catherine Dollfus | Enfants concernés par le VIH
Quelle vie pour les enfants et adolescents infectés par le VIH ? (avec Catherine Dollfus)
22 novembre 2010 (papamamanbebe.net)
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Écouter: Quelle vie pour les enfants et adolescents infectés par le VIH ? (avec Catherine Dollfus) (MP3, 1.9 Mo)
Sandra : Le rapport Yéni, c’est le livre de référence sur le VIH. Survivre au sida a choisi de parler à l’émission de quelques chapitres de ce rapport. Aujourd’hui nous allons parler du chapitre « Prise en charge des enfants et adolescents infectés par le VIH » avec...
Catherine Dollfus : Docteur Catherine Dollfus, pédiatre à l’hôpital Trousseau à Paris.
Sandra : Aujourd’hui il y a moins d’enfants infectés en France par le VIH, pourquoi ?
Catherine Dollfus : Alors tout d’abord parce qu’il y a une excellente efficacité de la prévention de la transmission mère-enfant une fois qu’on a identifié une mère séropositive donc, il faut rappeler qu’en France le dépistage à l’occasion de la grossesse du VIH est proposé depuis la fin des années quatre-vingt et c’est ce qui a permis déjà d’avoir une prise en charge adaptée plus précoce que beaucoup d’autres pays et que, dès qu’on a eu la preuve que le fait de prendre des médicaments changeaient les choses, ce qui a été validé en 1994, on a pu immédiatement mettre en oeuvre au niveau national cette prévention. Et donc on est passé de ce qui était dans le début des années quatre-vingt-dix, de 1 enfant sur 4 infectés à actuellement 1 enfant sur 100. Donc c’est la preuve que toutes les étapes de la transmission de la mère à l’enfant sont d’une extrême efficacité et retentissent bien entendu sur le, du coup, le nombre d’enfants infectés.
Sandra : Mais le nombre des enfants infectés par le VIH arrivant à l’adolescence est en augmentation ?
Catherine Dollfuss : Bien sûr, puisqu’ils vont bien donc à partir du moment où on ne meurt plus et qu’on est en bonne santé, on arrive à l’adolescence et à l’âge adulte en nombre bien entendu croissant.
Sandra : Et est-ce que le nombre d’adolescents infectés par voie sexuelle est en hausse ?
Catherine Dollfus : Alors on ne sait pas s’il est en hausse mais il est préoccupant en tant que telle, c’est-à-dire qu’on a des statistiques sur les personnes séropositives et pas sida depuis 2003 en France. L’Institut de Veille Sanitaire a mis en place un recueil du nombre des personnes annuellement découvertes séropositives depuis 2003 et c’est ça qui nous permet de dire à peu près combien il y en a, de quel sexe, dans quelle tranche d’âge, etc. Et il n’est pas notoirement en augmentation entre 2003 et maintenant. Mais il est significatif parce qu’il y a chaque année en France au moins 100 jeunes de moins de 18 ans qui se sont contaminés par voie sexuelle et puis ça, c’est ceux, pour lequel le diagnostic a été fait avant l’âge de 18 ans. Et donc la réalité des faits forcément est plus importante que ça. Et donc ça, c’est bien sûr important puisque c’est dix fois plus important que le nombre d’enfants qui se trouvent être contaminés par transmission de la mère à l’enfant.
Sandra : Alors Madame Brival vient d’arriver dans les studios, bonjour, je vous en prie installez-vous. Dans le rapport Yéni, il est dit que le plus souvent les enfants mènent une vie normale, mais qu’est-ce que ça veut dire « normale » en fait ? Parce que la normalité au fond qu’est-ce que c’est ?
Catherine Dollfus : Alors ça, c’est un trop grand mot qui pourrait prendre toute l’émission de dire normal mais ça veut dire que quelqu’un de l’extérieur est incapable de dire en les regardant qu’ils ont un problème de santé, moins encore qui sont séropositifs ou autre chose. Donc un groupe de jeunes, qui ont été suivis depuis la naissance parce qu’ils étaient infectés par la voie de la mère à l’enfant, quand on les voit dans la rue ou en groupe ou au collège on est absolument incapable de dire qu’ils ont un problème de santé. Donc, de l’extérieur, personne ne peut voir qu’ils sont malades. D’autre part ils n’ont pas de ressenti physique d’être malade, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas plus fréquemment malades que les autres. Mais ils ont la contrainte d’un suivi, d’une prise de traitement qu’ils prennent à la maison et qui leur rappelle effectivement. Ils doivent se rappeler qu’ils ont un problème puisqu’ils prennent ce traitement et c’est souvent ce traitement qui pour eux, leur signifie qu’ils ont un problème. C’est grâce à ce problème qu’ils sont justement en bonne santé et qu’ils mènent une vie qu’on disait tout à l’heure normale.
Transcription : Sandra Jean-Pierre
