Femmes séropositives | Réseau national des correspondants du Comité des familles | Valérie (Bordeaux)
À Bordeaux, Valérie aimerait bien rencontrer des mamans comme elle
25 janvier 2011 (papamamanbebe.net)
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Sandra : Valérie est une maman séropositive qui vit à Bordeaux. Elle est correspondante du Comité des familles et elle a envie que des choses se créent pour les familles séropositives de Bordeaux, car elle aimerait bien pouvoir échanger avec d’autres personnes comme elle. On écoute Valérie.
Début du son.
Valérie : J’ai 44 ans. Je vis à Bordeaux. Actuellement je suis en arrêt de travail. Donc je n’ai pas d’occupation. J’ai un petit garçon. J’ai un mari. Ca fait 15 ans qu’on est ensemble. Il m’a toujours connue avec la maladie. Il me soutient, il prépare à manger. Il me soutient comme ça. Il m’aide physiquement on va dire. Il me soutient psychologiquement. On n’en parle pas trop. Là, dernièrement les études qu’il y a eues, qui ont été après reconnues par la France. Enfin bon, on ne sait pas trop finalement. Enfin bref. Vous savez sur la charge virale, quand on est sous traitement en principe, d’après une étude suisse, si la charge virale est indétectable, on ne serait plus contaminant. Ca ce n’est pas… On en parle de ça, dans le milieu associatif ou c’est les médecins qui font passer le message. Mais moi-même, ça fait plus de 20 ans que je suis séropositive. Franchement, psychologiquement je ne pourrai pas faire l’amour avec mon mari par exemple sans précaution, enfin sans précaution, sans préservatif. Franchement ceux qui me disent que le VIH n’a pas entraîné une perturbation au niveau de leur sexualité, je leur dis bravo, parce que moi, je prends conscience de certaines choses et je me rends compte que ça a eu quand même des perturbations sur ma vie sexuelle avec mon mari. Je suis en contact avec le Comité des familles depuis à peu près 5 ans.
Sandra : Comment est-ce que vous avez passé les fêtes cette année ?
Valérie : Les fêtes cette année, je les ai passées avec tous mes frères et sœurs et ma maman et mon beau-père. Je ne suis pas spécialement fête. Mais oui, ça s’est bien passé.
Sandra : A Bordeaux qu’est-ce qu’il y a pour les séropositifs ?
Valérie : A Bordeaux pour les séropositifs il y a AIDES. Après il y a le planning familial qui accueille des femmes séropositives, qui ne vont pas à AIDES, parce qu’à AIDES, il n’y a pas beaucoup de femmes. Ils travaillent surtout sur la prévention pour que d’autres personnes ne soient pas contaminées. Il y a encore des gens à AIDES qui, je vais la citer parce qu’elle est vraiment bien. Depuis 20 ans elle a donné, donné. Comme elle m’a dit moi je ne laisserai pas tomber les gens qui ont été contaminés dans les années quatre-vingt, qui ont besoin d’une association, compte tenu que l’État donne très peu. Il y l’AAH ou après le minimum vieillesse quand ils arrivent à l’âge de la retraite, qui n’est pas grand-chose, qui est moins que l’AAH je crois. Il y a encore elle, qui arrive toute seule à se débrouiller, à avoir des subventions. Par exemple moi depuis 3 semaines, elle a réussi à avoir une subvention pour m’envoyer une aide à domicile. Une personne qui vient deux fois par semaine me donner un coup de main dans mes tâches à la maison et tout ça. Mais c’est elle, ce n’est pas AIDES.
Sandra : De quoi est-ce que vous avez besoin à Bordeaux pour que votre vie, en tant que séropositive s’améliore ?
Valérie : Moi, séropositive depuis 20 ans, physiquement c’est sûr que les traitements, tout ça, c’est très lourd. Moi ce qui me gène surtout, ma fatigue et tout ça, me gène. Mais quand même le regard des autres. Les gens ont encore cette image du sida. On a tellement associé cette maladie à la mort si vous voulez, que dans l’esprit des gens, j’ai l’impression que c’est toujours… ce qu’on renvoie quand on leur dit qu’on est séropositif, pas à tout le monde mais une grande majorité des personnes quand même. Moi j’ai fait le choix de dire donc bien sûr je ne le crie pas sur tous les toits non plus. Et quand, les gens que j’ai connus depuis un moment dans des soirées, tout ça, j’ai rencontré d’autres personnes, on aborde le sujet, je dis que je suis séropositive. Donc j’ai eu parfois des retours pas sympathiques. Même à l’école de mon fils, j’ai changé d’ailleurs une fois d’école.
Sandra : Votre fils il a quel âge ?
Valérie : Il a 10 ans.
Sandra : Et il est au courant pour votre situation ?
Valérie : Oui il est au courant depuis… enfin depuis tout le temps. Il est au courant depuis qu’il est en âge de comprendre. Il me voit avaler des médicaments donc je lui ai expliqué. Maman, elle a un virus qui se transmet en se droguant avec des seringues ou en faisant l’amour avec quelqu’un.
Sandra : Mais pourquoi est-ce que vous avez été amené à le changer d’école ?
Valérie : A le changer d’école parce que si vous voulez je l’avais dit à une maman, qui s’est chargée de le dire à une autre maman. Et il était invité à tous les anniversaires, ça faisait déjà deux ans, trois ans. Depuis qu’il était tout petit il était dans cette école et puis il s’est avéré que je me suis rendu compte qu’après les anniversaires, il n’était plus invité. Ca se chamaillait souvent à l’école donc et tout ça donc j’ai décidé de le changer.
Sandra : En tant que correspondante du Comité des familles, qu’est-ce que vous voulez faire dans votre ville ?
Valérie : Essayer de pouvoir informer, ce que nous, on appelle les cités, enfin la banlieue de Bordeaux, où il y a une grande communauté maghrébine parce que par rapport à l’Islam c’est quand même, par rapport à la religion et la séropositivité, le taux de personnes d’origine marocaine ou d’autres origines que j’ai pu rencontrer à AIDES. Donc pas des femmes, des homosexuels, ont rencontré beaucoup de difficultés. Voir, il y en a, les parents ne savaient pas.
Sandra : Vous m’avez dit que ça fait 5 ans que vous connaissez le Comité des familles.
Valérie : Oui.
Sandra : Est-ce que vous avez déjà eu l’occasion de faire quelque chose par rapport à votre rôle de correspondante ou pas encore ?
Valérie : Jusqu’à présent c’est vrai que je ne me suis pas investie à fond parce que j’ai eu d’autres soucis d’ordre personnel. Mais c’est vrai que cette année-là, j’ai envie de m’investir. D’une part justement essayer de faire diffuser l’émission sur Bordeaux. D’aller démarcher des radios, si les radios bordelaises veulent bien passer l’émission. Et après, vu que je ne vois pas beaucoup de monde aussi. Ce n’est pas facile parce que la maladie aussi elle vous coupe finalement de la société un peu.
Sandra : Est-ce que vous aimeriez qu’il y ait un Comité des familles à Bordeaux ?
Valérie : Oui j’aimerais oui. Et pourquoi parce que je pense que les gens se retrouvent. AIDES ils ont des bureaux, ils accueillent des gens. Comme je vous dis, ça ne touche pas toute la population. Ca ne touche pas les jeunes de banlieues et tout ça. AIDES, déjà c’est catalogué Sida, machin. Les gens n’y vont pas.
Sandra : Est-ce que vous rencontrez des gens qui sont dans la même situation que vous ? C’est-à-dire qui ont des enfants, une vie de famille en fait. Est-ce que vous rencontrez des familles qui vivent avec le VIH ?
Valérie : Des familles non. J’ai des amis qui vivent avec le VIH. Ah si. J’ai un couple, avec une grande fille.
Sandra : Mais comment ça se fait que vous ne connaissez pas de familles qui vivent avec le VIH ?
Valérie : Franchement je ne sais pas. Le travail et tout ça bon… mon mari est licencié donc on est dans la merde. Franchement je ne sais pas. Si vous voulez, on a été toxicomanes. Donc on a coupé les ponts avec notre milieu, il y a longtemps. Ca remonte à 15 ou 20 ans. On a quelques amis, mais on n’a pas d’amis séropositifs. Après les associations à Bordeaux, il n’y a pas de lieu de rencontre. Pour les familles du moins.
Fin du son.
Sandra : C’était Valérie, correspondante du Comité des familles à Bordeaux. Est-ce que quelque chose vous a interpellé ? Tina, Zina, Bruno ?
Tina : Moi je pense qu’il existe sûrement beaucoup de familles qui vivent à Bordeaux et on voit qu’elle en plus, elle ne se cache pas trop. C’est vraiment se dire, qu’elle reste vraiment isolée dans sa situation. C’est dommage quoi. J’espère que des familles, des personnes qui vivent à Bordeaux, dans les alentours se disent, ce serait une bonne chose de prendre contact et de se retrouver pour échanger, pour être solidaires ensemble.
Zina : Moi je voudrais revenir sur ce qu’elle disait tout à l’heure, quand elle parlait de son fils. Je voulais dire que c’était vraiment important de faire de la bonne prévention, de la bonne information sur le VIH pour que ce genre de chose n’arrive plus, pour qu’il n’y ait plus des enfants qui soient mis de côté sous prétexte que leurs parents sont séropositifs. Et si cette information était bien faite comme il se devait, les gens n’auraient pas aussi peur, et ne nous rejetteraient pas comme ça. Et je trouve que c’est malheureux quand ça touche des enfants.
Bruno : Un petit coucou à Valérie. C’est sûr aujourd’hui, c’est toujours une réalité de vivre avec le VIH. Et si on peut l’aider à tisser des liens pour vraiment essayer de recréer un Comité des familles, ça serait bien.
Sandra : Et j’en profite pour faire un coucou à tous les correspondants. On pense à vous.
Transcription : Sandra Jean-Pierre
