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Carole | Départements français d’Amérique (DFA) | Réseau national des correspondants du Comité des familles

Les séropositifs en Martinique, oubliés par les associations ?

4 février 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Carole, correspondante du Comité des familles nous donne de ces nouvelles. Ce n’est pas la première fois qu’on l’entend. Elle avait même participé à une émission de radio, [c’était en juin 2009], on écoute

Début du son.

Hélène : Carole est avec nous aujourd’hui en studio. Tu as entendu dire que c’était les six ans du Comité, une association créée pour et par des familles vivants avec le VIH, comme l’association dans laquelle tu milites, AMVIE. Nous, on a fait un rapport qualité prix de notre association, qui se trouve exemplaire. Est-ce que tu pourrais faire un rapport qualité/prix de ton association là-bas, en Martinique ?

Carole : L’association déjà ne m’appartient pas (rires). Donc ça fait plus ou moins trois ans que je suis bénévole à l’association. Personnellement, je suis plus au niveau des femmes, en direction des femmes quoi.

Fin du son.

L’association dont elle parle AMVIE, Martinique Vivre Ensemble. Elle va subir des changements importants puisqu’elle va devenir AIDES Martinique, c’est ce que m’a expliqué entre autres hier Carole, lorsque je me suis entretenue avec elle au téléphone. On écoute Carole.

Début du son.

Sandra : Chez nous en France il fait - 3, en Martinique il fait combien là ?

Carole : Là, il doit faire 31.

Sandra : Est-ce que ce week-end, tu as été à Fort-de-France pour assister au carnaval ?

Carole : Si, si c’était magnifique. C’est un mélange de musique haïtienne. Ce sont des groupes entre autres, des groupes afros, c’est-à-dire avec tambours et tout type d’instruments. Les costumes étaient très colorés. Vraiment très colorés. C’était vraiment une parade. Ce n’est pas vraiment le carnaval tout à fait pour le moment. Là, ce sont les groupes qu’ils ont présentés.

Sandra : C’était un avant-goût du carnaval en fait ?

Carole : Voilà, voilà.

Sandra : Quoi de neuf dans ta vie ? Est-ce que pour toi, la vie est belle en ce moment ?

Carole : Non, pas du tout. Il n’y a rien qui va quoi. Tout va pour le mal. Soucis professionnels, soucis familiaux, soucis de part et d’autre.

Sandra : Est-ce que tu es en bonne santé ?

Carole : Côté santé, ça va. Je suis indétectable oui.

Sandra : Dans ta vie professionnelle, qu’est-ce qui ne va pas ?

Carole : Du fait que moi je suis assez souvent fatiguée et tout ce qui s’en suit. Les demandes d’emploi, ce n’est pas évident à chaque fois, ça ne passe pas quoi. Donc je suis là, je suis toujours en attente.

Sandra : Et pourquoi est-ce que tu es souvent fatiguée ?

Carole : Je pense que du fait, moi je n’ai pas tellement d’activités. Je n’ai pas tellement de déplacement. Je ne fais pas tellement de déplacement ces jours-ci parce que bon, bien que je fasse partie de l’association AMVIE. Mais ces jours-ci, du fait qu’ils sont… Disons AIDES a récupéré l’association. On deviendra AIDES. Ce sera AIDES Martinique.

Sandra : Qu’est-ce que tu voudrais faire en tant que correspondante du Comité des familles ?

Carole : Pour le moment là, je n’ai vraiment pas l’esprit à quoique soit. Moi je me retrouve vraiment entre autres dans la merde ici. Côté financement, ce n’est pas du tout le bon point quoi. J’élève seule mes enfants. Il y a une qui est au lycée, un au collège. Et côté financement, ce n’est pas du tout le bon point quoi.

Sandra : Pour toi, l’année 2011, ce sera l’année de ?

Carole : Bah j’espère qu’il y aura beaucoup de changements, du nouveau et savoir comment, pour avoir des choses meilleures quoi. L’année 2010, ce n’était pas du tout le cas. Moi je suis toujours en attente d’embauche et voilà quoi. J’espère qu’il y aura quelque chose d’autre et que ma vie sera différente.

Sandra : Est-ce que tu aurais un message pour les séropositifs de Martinique ?

Carole : Les personnes séropositives en Martinique, ne pas se renfermer, toutes les personnes qui constituent l’association, nous sommes là pour eux. En Martinique, les choses sont vraiment ambiguës. Totalement ambiguës. Je ne sais pas vraiment comment les choses se déroulent là-bas, mais entre associations qui luttent contre le VIH ici, c’est tiraillement par tiraillement par là. C’est des choses qui ne se terminent pas.

Sandra : Du coup, est-ce que les besoins des personnes séropositives sont un peu oubliés en Martinique ?

Carole : Très oubliés même. Très très oubliés.

Sandra : Qu’est-ce qui est fait alors pour les séropositifs en Martinique ? Est-ce qu’il y a des choses concrètes ?

Carole : Pas vraiment. Il n’y a pas vraiment grand-chose. Il y a pas mal de personnes séropositives qui viennent à l’association, qui discutent, qui disent que bon, ils auraient aimé avoir des petits moments à eux, des petits moments pour pouvoir se retrouver, des petits moments d’activités. Même sortir à la plage, des trucs pour pouvoir s’évader. Même les maisons à louer, tout ça quoi. Des détentes quoi. Des petites journées détentes. Le fait de rester à la maison, le fait de rester enfermé, ce n’est pas du tout évident. Ce n’est pas facile du tout au niveau du boulot. Il y a pas mal de personnes pour qui on refuse toujours l’AAH pour pouvoir travailler en tant que personnes handicapées. Tout ça, c’est toujours un combat ici. Je ne sais pas pour là-bas, mais là, c’est toujours un combat pour ici. Quand on ouvre une porte, oui d’accord, il n’y a pas de soucis. Quand ils savent que nous, on est comme ça, la porte se referme au fur et à mesure. Le fait d’avoir fait la connaissance du Comité des familles je pense bien aussi que, c’est ce qui me tient à cœur. Moi je vous ai connu, je vous ai côtoyé, on discutait, on a entre autres rigolé, fêté et tout. Et ça, ça remonte un petit peu le moral. Ça remonte vraiment le moral. Quand on sort de ça et pour arriver dans un truc qui ne va pas, on y repense pour pouvoir tenir bon.

Sandra : C’était Carole, correspondante du Comité des familles — association créée et gérée pour et par des familles concernées par le VIH — alors désolée pour l’écho que vous avez sûrement entendu lors de cet entretien. Ali, Tina, est-ce que vous pouvez répondre à la question de Carole qui se demande comment ça se passe en France métropolitaine au niveau des associations ?

Tina : On a vraiment l’impression que dans l’association les querelles, entre associations, ça tire même le moral des personnes vers le bas. Au contraire, à la place de faire du bien aux personnes qu’il y ait un échange, de sortir un petit peu de cet isolement ou au contraire on sent toujours des querelles et voilà. En tout cas, ça n’a pas l’air d’être très soutenant pour les personnes qui vivent avec le VIH. Comment ça se passe en France ? Simplement, en ce qui concerne les familles qui vivent avec le VIH on est plus nombreux et les personnes osent peut-être plus sortir de chez eux pour se retrouver et du coup bien sûr, il y a aussi des conflits entre associations. Mais on arrive quand même à faire des choses et dépasser ces querelles.

Ali : Il y a une évidence, à savoir que les associations qui sont nées, alors je parle pour la métropole, les associations qui sont nées après AIDES, Act-Up, tout ça et tout. Ils ont eu du mal à exister. D’emblée, les subventions du Sidaction, l’argent qui n’était pas donné par l’État ou des mécènes allaient verser deux grosses associations. Ensuite, il y en a d’autres qui ont émergé. Mais il faut se rendre à l’évidence. La situation politique, économique, tout ce qu’on veut et tout pour obtenir des subventions ça a été, d’année et en année, de plus en plus difficile. Il y a des associations qui existaient il y a une dizaine d’années qui n’existent plus à l’heure actuelle. Pour ce qui est du Comité des familles, je me rends bien compte que les gens qui l’on crée et qui se battent pour, ils donnent beaucoup plus de leur temps, ils le font justement, pas par intérêt personnel, mais pour la communauté. Et vient se greffer là-dessus, le fait que les pouvoirs publics se lavent les mains de ce que peut être la prise en charge globale des personnes séropositives. Hormis pour l’accès au traitement pour tous. Et encore, ce n’est pas acquis. Voilà quoi, pour le travail, pour le logement, pour la discrimination tout ça et tout. De plus en plus, c’est de plus en plus difficile. Et j’imagine que pour les pays, les territoires d’outre-mer et les départements d’outre-mer, ça doit être autrement plus compliqué. Et malgré tout, il faut une certaine solidarité.

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