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Grossesse et VIH en 2011 : l’AZT est-il toxique pour mon bébé ?
15 mars 2011 (papamamanbebe.net)
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Écouter: Grossesse et VIH en 2011 : l’AZT est-il toxique pour mon bébé ? (MP3, 3.4 Mo)
Sandra : J’ai rencontré Isabelle Heard, médecin à l’hôpital de la Pitié et je lui ai posée quelques questions dont celle-ci : je suis une femme séropositive, enceinte, le traitement que je dois prendre pour mon bébé permet qu’il ne soit pas contaminé, mais est-ce qu’il n’est quand même pas dangereux pour mon bébé ? On l’écoute sur cette question.
Début du son.
Isabelle Heard : Le mieux serait de ne pas avoir à prendre de médicament mais le mieux c’est que l’enfant ne soit pas infecté. Donc, faut poser les deux risques et aujourd’hui on considère qu’il vaut mieux que la femme prenne un médicament plutôt que d’avoir un enfant infecté par le VIH. Et je pense que toutes les femmes séropositives le préfèrent. Il n’y a pas de femmes qui préfèrent avoir son enfant infecté. Donc ce n’est pas une vraie discussion. Qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse ? On est obligé de prendre ce risque. Il n’y a pas de vie sans risque. Alors avec le recul qu’on a aujourd’hui au bout de toutes ces années, on a vu qu’il n’y avait pas de surrisque lié aux traitements. Donc on fait attention à donner un médicament qui ne soit pas dangereux. Mais demandez à une femme si elle aime mieux ne pas être traitée, et que son bébé soit contaminé, il n’y en pas une qui vous dira oui.
Fin du son.
Sandra : Avant d’écouter ta réaction Zina, on va écouter la réaction de Tina. Je lui avais fait écouter les propos d’Isabelle Heard la semaine dernière, puisqu’elle ne peut pas être avec nous aujourd’hui à l’émission. Donc elle a réagi sur cette question. On va l’écouter.
Début du son.
Tina : Oui, c’est effectivement une énorme réussite le fait que, grâce aux traitements antirétroviraux, le risque de contamination de la mère à l’enfant est passé en dessous de 1 %. Alors que sans traitement, le risque est d’environ 20 %. Donc c’est vraiment une chance d’avoir ce traitement pour la femme qui est enceinte et qui par ce traitement évite de contaminer son enfant. En revanche, c’est normal que chaque femme va se poser la question de la toxicité de ce traitement. Et que voilà, depuis que le traitement existe, il n’y a pas encore eu beaucoup d’avancées sur les médicaments à prendre pendant la grossesse. Jusqu’à aujourd’hui, la femme enceinte, elle va prendre l’AZT pendant sa grossesse alors que l’AZT en dehors d’une grossesse, on ne le prescrit plus, parce que c’est trop toxique comme traitement. Alors bien sûr les femmes enceintes aimeraient qu’à ce niveau-là les choses s’améliorent, que la médecine fasse des recherches pour trouver des meilleurs traitements à prendre pendant la grossesse pour éviter la toxicité pour leur enfant. Il y a eu l’étude, on l’appelle l’étude PRIMEVA qui consistait à prendre seulement le kaletra pendant la grossesse, donc éviter l’AZT. Maintenant, on n’a pas de résultats en tant que personnes concernées. On ne sait pas ce que ça a donné. Voilà. Alors, on aimerait que les choses avancent.
Fin du son.
Sandra : Zina, est-ce que tu es d’accord les propos de Tina et qu’est-ce que tu penses de la réponse d’Isabelle Heard ?
Zina : J’espère qu’elle ne répond pas comme ça en fait quand elle a en face d’elle une future maman et qui lui pose la question. Dans le fond, je suis d’accord avec elle effectivement. Il vaut mieux prendre des médicaments alors qu’on sait que le risque est quasiment zéro. Que si on n’en prend pas, il peut avoir un risque. Mais maintenant comme dit Tina, c’est tout à fait normal, on est tout à fait en droit de se poser la question. On sait très bien que ces médicaments ne sont pas bénins. Ce n’est pas des aspirines. Donc forcément on est en droit, moi encore aujourd’hui, mon fils à 15 ans et je suis encore en train de me poser la question, bon je ne me torture pas la tête avec, mais de temps en temps j’y pense quand même. Est-ce qu’il ne va pas avoir des conséquences liées au fait que j’ai pris le traitement pendant la grossesse et que lui il a pris un petit peu après ? Donc voilà.
Sandra : Et tu avais posé la question à ton médecin pour savoir, par rapport à la toxicité des médicaments ?
Zina : Bah ! On ne savait pas trop en fait. En 1995, enfin, quand j’étais enceinte de mon fils c’était en 1994. On n’avait pas de recul. Donc voilà, il y a le protocole d’AZT qui venait de sortir, quelques mois avant et qui réduisait le risque à 8 %. Maintenant, on se retrouve entre un choix, est-ce que je prends le risque, que mon enfant ait le VIH et qu’il ait une courte vie ou est-ce que je prends le risque de prendre les médicaments qui pourront lui éviter d’attraper le VIH, mais que peut-être, il y aura des conséquences, mais là on en n’est pas sûr. Donc c’est sûr que là, même si j’ai réfléchi, j’ai hésité quand même. Il y a des moments où je me suis dit, et si je ne le prenais pas, s’il faisait parti de ceux qui auraient la chance de ne pas l’avoir, des... Je ne sais plus, c’était 20 % de risque, mais bon après au bout d’un moment, je me suis dit, non non, je sais que le risque est vraiment réduit donc j’ai pris le médicament. Mais oui, on se pose des questions.
Sandra : Comment se déroulera l’accouchement ? Pourquoi est-ce qu’il y a une perfusion d’AZT pendant l’accouchement même lorsque la charge virale est indétectable ? On va écouter Isabelle Heard puis Tina.
Début du son.
Isabelle Heard : Comment se déroulera l’accouchement ? Bah ! Il se déroulera comme tout accouchement. D’accord ? Pourquoi il y a-t-il une perfusion d’AZT même lorsque la charge virale est indétectable ? Vous avez raison de poser cette question, il y a peut-être une discussion à avoir là-dessus. Pour le moment, on continue de le faire. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de femmes qui accepteraient d’être dans une étude où on ne leur ferait pas la perfusion d’AZT. On sait que c’est mieux. Et donc, on ne prend pas de risque.
Tina : Dans cette situation, où la femme a une charge virale indétectable bien contrôlée déjà depuis un certain temps, lors de l’accouchement. Je pense qu’on a entendu, plusieurs fois des médecins dirent, que la perfusion d’AZT n’était peut-être pas nécessaire. Et du coup, je connais plusieurs femmes qui lors de leur accouchement, ont demandé de ne pas avoir la perfusion d’AZT, en pensant que, puisque ça ne peut pas faire de bien, vu qu’elles ont une charge virale indétectable donc l’enfant ne sera pas contaminé, ça ne peut faire que du mal. Et c’est vrai que, prendre de l’AZT en perfusion, si par exemple l’accouchement dure plusieurs heures, l’enfant prend quand même une bonne dose par perfusion. Ça veut dire que ça rentre plus rapidement et comme on dit, il le prend en pleine gueule quoi. Je ne suis pas médecin, mais moi-même, je pense que lors de mon accouchement si, j’ai une charge virale indétectable, je préfère ne pas prendre la perfusion d’AZT parce que logiquement ça ne me semble pas nécessaire.
Fin du son.
Sandra : Zina, la perfusion d’AZT pendant l’accouchement, quand la charge virale est indétectable, qu’est-ce que tu en penses ? Quel est ton avis là-dessus ?
Zina : Comme Tina, j’ai entendu là-dessus des médecins qui disaient que ce ne serait pas indispensable si la charge virale est indétectable. Quelque part, ça me semble logique en fait. C’est vrai que si on est indétectable pourquoi on contaminerait l’enfant si on n’a pas la perfusion d’AZT. Bon maintenant pareil que Tina, je ne suis pas médecin. Mais c’est vrai que, si on peut éviter tant mieux quoi.
